Modifié mercredi à 19:06

L'affiche UDC contre la naturalisation facilitée très éloignée de la réalité

Les affiches de l'UDC contre la naturalisation facilitée en votation le 12 février.
L'affiche de l'UDC a été dévoilée lundi dans toute la Suisse, comme ici en gare de Zurich. [Alessandro della Valle - keystone]
Lancée lundi et mettant en scène une femme en burqa, la campagne d'affichage d'un comité d'élus UDC contre la naturalisation facilitée des étrangers de troisième génération ne reflète pas la réalité.

Une femme en burqa avec le slogan "Naturalisation incontrôlée? Non à la naturalisation facilitée": mené par le conseiller national Andreas Glarner, un comité d'élus UDC vient d'entamer sa campagne contre l'octroi de la naturalisation facilitée pour la troisième génération avec une nouvelle affiche provocante.

Fruit d'un compromis parlementaire, le projet de loi comporte de nombreuses restrictions et définit la troisième génération comme "les personnes nées en Suisse, dont les parents sont nés en Suisse et les grands-parents ont vécu au moins vingt ans en Suisse."

Les Italiens, premiers concernés

Contrairement au message diffusé par la première force politique du pays, le peuple n'est ainsi pas appelé à se prononcer sur l'interdiction du port de la burqa le 12 février prochain. Le texte ne concerne d'ailleurs que marginalement la population musulmane.

Actuellement, la Suisse compte en effet quelque 25'000 jeunes étrangers, âgés de 9 à 25 ans, qui pourraient bénéficier de la naturalisation facilitée, selon une récente étude du professeur de l'université de Genève Philippe Wanner. La grande majorité d'entre eux, soit 58%, possèdent la nationalité italienne, détaille le rapport, réalisé pour le compte du Secrétariat d'Etat aux migrations (SEM).

Les musulmans pratiquants, une très faible minorité

"Bien sûr, il y a des Italiens et des Espagnols, mais on parle surtout de Turcs et de gens des Balkans qui sont quand même des pays musulmans. Donc je crois qu'on peut facilement faire un lien entre l'islam et ces jeunes", affirmait lundi la politicienne UDC vaudoise Christine Bussat dans le Journal du Matin.

Seconde nationalité figurant effectivement parmi les personnes pouvant prétendre à la naturalisation facilitée en cas d'acceptation du projet de loi: les Turcs, qui représentent 9% du total de la population éligible, soit 2251 individus. Un chiffre comparable aux quelque 2000 naturalisations de Turcs ayant eu lieu entre décembre 2015 et décembre 2016 par le biais d'une procédure ordinaire.

Existe-t-il cependant "un lien entre l'islam et ces jeunes"? Outre la Turquie, le Kosovo est le seul pays majoritairement musulman à figurer sur la liste établie pour le compte du SEM. Partant de l'hypothèse extrême que les personnes de ces deux nationalités sont toutes de confession musulmane, elles représenteraient à peine plus de 12% des jeunes étrangers pouvant prétendre à la naturalisation facilitée.

Or, c'est justement parmi les personnes se réclamant de l'islam que l'on retrouve la plus forte proportion de non pratiquants, indique l'Office fédéral de la statistique dans son enquête sur la religion, parue en 2016. Seules 12% à 15% d'entre elles se rendent régulièrement dans une mosquée. Quant à celles qui portent effectivement une burqa, leur nombre est dérisoire.

Kevin Gertsch

>> A écouter, les propos de Christine Bussat (UDC/VD) dans le Journal du matin:

Les affiches de l'UDC contre la naturalisation facilitée en votation le 12 février.
Le Journal du matin - Publié le 10 janvier 2017

Publié le 10 janvier 2017 - Modifié mercredi à 19:06

Indignation parmi les partisans du texte

Ces nouvelles affiches de l'UDC n'ont pas manqué de susciter l'indignation chez les parlementaires partisans de la naturalisation facilité. "Il y a un minimum de règles contre la publicité mensongère. Mais en politique, on peut simplement dire n’importe quoi", a notamment commenté Adèle Thorens.


"Il n’y donc pas de limites? On peut donc coller n’importe quoi sur les panneaux d’affichage?", a également réagi la députée bâloise Silvia Schenker (PS/BS).


"Y a-t-il une confusion sur la votation? Le 12 février, nous ne votons pas sur la burqa! Ou: quand les arguments manquent...", s'est quant à lui indigné Mathias Aebischer (PS/BE).