Modifié le 22 avril 2016

L'embarrassant contrat de l'EPFL avec la Fondation Gandur pour l'Art

Les contrats passés entre l'EPFL et certains mécènes font l'objet de critiques en Suisse.
L'embarrassant contrat de l'EPFL avec la Fondation Gandur pour l'Art 19h30 / 2 min. / le 21 avril 2016
Un contrat de chaire signé par l'EPFL avec la Fondation Gandur pour l'Art en janvier 2015 prévoit que le financement sera retiré si le professeur nommé n'est pas approuvé par le sponsor.

D'un montant de 2,5 millions de francs, ce texte prévoit le financement par la Fondation Gandur pour l'Art d'une chaire de recherches dans le domaine des humanités numériques.

Or, une clause de ce contrat dit que la fondation approuvera par écrit la nomination du professeur. Plus loin, il est indiqué: "En cas de refus, l'EPFL peut librement décider de procéder au recrutement en renonçant au soutien financier de la fondation."

Une sorte de veto

Cette disposition est d'autant plus étrange que l'organe de surveillance, le Conseil des Ecoles polytechniques fédérales (EPF), interdit toute possibilité de veto de la part des partenaires financiers. Une mesure prise à la suite de la polémique autour d'une chaire Nestlé qui prévoyait un droit de veto du groupe agroalimentaire dans la nomination du professeur.

Nous avons la mission de collaborer avec l'industrie et de garantir l'indépendance de la recherche

Fritz Schiesser, président du Conseil des EPF
 

"Consulter oui, veto non, mais ce qui peut arriver c'est que, dans certaines conditions, le financement soit retiré, alors c'est à l'école polytechnique de dire qu'elle finance ce professeur elle-même", explique Fritz Schiesser, président du Conseil des EPF.

C'est effectivement ainsi que l'EPFL justifie la clause passée avec la Fondation Gandur pour l'art. "Vous ne pouvez pas avoir un donateur qui vous aide et lui imposer quelqu'un qui heurte ses principes de base", réagit Adrienne Corboud Fumagalli, vice-présidente pour l'innovation et la valorisation à l'EPFL.

Un chemin à trouver

"Nous avons la mission, inscrite dans la loi, de collaborer avec l'industrie et la société, et en même temps le mandat de garantir l'indépendance de la recherche. Nous devons trouver le chemin au cas par cas pour que ces deux intérêts soient remplis, et ça ce n’est pas toujours simple. Parfois il y a des cas dans lesquels cela ne marche pas et alors il faut intervenir", détaille Fritz Schiesser.

Mais la découverte de cette clause relance le débat sur l'indépendance de la recherche au lendemain de la publication d'une enquête de SRF révélant que le groupe pharmaceutique allemand Merck Serono pourrait influer sur les résultats des trois chaires qu'il s'est offert en 2007 pour plus de 12 millions de francs.

>> Lire aussi: Merck Serono pourrait influer sur les résultats de recherche de l'EPFL

Natalie Bougeard/jgal

Publié le 21 avril 2016 - Modifié le 22 avril 2016

Des mesures politiques réclamées

Si la collaboration avec l'industrie fait partie des mandats des Ecoles polytechniques, certains politiciens en appellent à "la responsabilité de la Confédération". "Il faut investir dans la recherche, pas demander au privé de prendre le relais", a réagi le socialiste valaisan Mathias Reynard qui exige davantage de transparence et des mesures tout comme la conseillère aux Etats Anita Fetz (PS/BS).

Membre de la Commission de la science, de l'éducation et de la culture au Conseil des Etats, elle assure: "Si d'ici la fin des vacances d'été les universités n'ont pas adapté leurs règles, nous interviendrons au Conseil des Etats à la session d'automne des Chambres fédérales. Il doit y avoir des directives claires pour le sponsoring et les activités accessoires".