Publié le 12 février 2016

De 4000 à 12'000 francs par mois, pourquoi les EMS coûtent aussi cher?

Nos très chers vieux
Nos très chers vieux Temps Présent / 55 min. / le 11 février 2016
Le prix moyen d'une pension à l'EMS en Suisse s'élève à 8'700 francs par mois, rappelait jeudi l'émission Temps Présent. Mais pourquoi ces tarifs sont-ils aussi élevés et qui paie au final?

Arrivée il y a deux semaines à la Rose d'automne à Fribourg, Verena Gremaud, que l'émission Temps Présent a suivie, est atteinte de la maladie de Parkinson. Elle se trouve dans l'un des établissements les moins chers de Suisse romande et pourtant elle devra tout de même payer une facture de plus de 6000 francs par mois.

Dans le détail: chaque jour, ses soins LAMal s'élèvent à 130 francs. C'est la part qui sera remboursée par les assureurs du canton. Pour le reste, elle le paiera de sa poche: 14 francs de participation à ces soins (LAMal); 87 francs par jour pour les frais d'accompagnement; 103 francs le prix de la pension, qui serait la plus basse de Suisse. Total de la facture pour Verena Gremaud: 204 francs par jours.

Chaque besoin facturé à la minute

Pour établir le montant d'une facture, l'établissement doit au préalable évaluer les besoins du résident. Durant les deux premières semaines, ils sont soumis à des tests physiques, mais aussi à des examens permettant d'évaluer le comportement, l'humeur ou encore la mémoire. Chaque observation est scrupuleusement notée dans le dossier informatique du patient.

Chaque besoin correspond à un certain nombre de minutes de soins par jour: piqûre, prise de tension, distribution de médicament... A côté des soins LAMal, on évalue aussi les minutes d'accompagnement du quotidien, comme le lever, la toilette ou les repas.

Les salaires, 80% des charges d'un EMS

Le directeur de l'établissement René Thomet reconnaît que la méthode devient très complexe et très administrative. "Les personnes désorientées, qui souffrent de démence n'ont pas besoin de beaucoup de soins LAMal. Elles nécessitent en revanche beaucoup de surveillance et d'accompagnement dans leurs tâches de la vie quotidienne", explique-t-il.

Ces tarifs permettent de couvrir la masse salariale du personnel soignant, qui représente près de 80% des charges d'un établissement.

Quatre Suisses sur cinq n'ont pas les moyens

Le problème: une écrasante majorité des Suisses n'a pas les moyens de payer un EMS. Ils sont quelque 80% dans cette situation, et cette proportion s'élève à 90% dans le canton de Fribourg. Certains se voient même contraints de vendre leur maison.

Sans économie, c'est l'Etat qui prend tout en charge. Les aides de l'Etat, il y en a deux: au niveau fédéral, ce sont les prestations complémentaires (AVS et AI). A cela, s'ajoute l'aide cantonale, qui diffère d'un canton à l'autre.

Le canton de Fribourg est particulièrement généreux. Les personnes qui possèdent une fortune jusqu'à 200'000 francs peuvent en bénéficier, contre 37'500 francs pour une personne seule et 60'000 francs pour un couple dans le canton de Vaud.

360 à 420 francs par jour à Morges

Dans le canton de Vaud, la quasi totalité des EMS sont des établissements à but non lucratif, accessibles à tous ces Suisses qui ont besoin d'aide. Seuls cinq résidences sont complètement privés et réservés à une clientèle plus riche.

En vert, les établissements vaudois à but non lucratif. En bleu, les EMS privés, dont le domaine de la Gottaz, qui appartient au groupe BOAS. 

Dans la catégorie haut-de-gamme, le domaine de la Gottaz, à Morges (VD), est l'EMS le plus cher de Suisse romande. Il appartient au groupe BOAS, un véritable empire doté d'une dizaine d'hôtels, et qui pèse 150 millions de chiffre d'affaires.

Dans une ambiance plus proche d'un 5 étoiles que d'un hôpital, les chambres coûtent entre 360 et 420 francs par jour, soit en moyenne 12'000 francs par mois pour une personne seule.

Ce prix est "all inclusive", il comprend le logement, les repas à choix, et le petit apéro du soir. A cela peuvent s'ajouter des concerts de musique classique et des visites d'expositions, sans oublier le jour du culte le jeudi. Et à la Gottaz, le spirituel est compris dans le forfait.

Laurence Gemperle/fme

Publié le 12 février 2016