Modifié le 05 novembre 2013

Enquête contre une entreprise suisse accusée d'avoir raffiné de l'or pillé

Une entreprise suisse est accusée d'avoir raffiné de l'or pillé en République Démocratique du Congo
Une entreprise suisse est accusée d'avoir raffiné de l'or pillé en République Démocratique du Congo 19h30 / 3 min. / le 04 novembre 2013
Suite à une dénonciation de l’ONG TRIAL, le Ministère public de la Confédération a ouvert une procédure pénale contre la société tessinoise Argor-Heraeus qui aurait raffiné de l’or pillé en République démocratique du Congo.

Des mois d’enquête et des dizaines de preuves, voilà ce qu’ont réuni l’ONG genevoise TRIAL (Track Impunity Always) et Kathi Lynn Austin, une ancienne experte des Nations unies sur le conflit en République démocratique du Congo (RDC).

Ces pièces démontreraient que la société tessinoise, Argor-Heraeus SA, a raffiné en toute connaissance de cause de l’or pillé. Le métal précieux douteux proviendrait d’une concession aurifère dans la région de l'Ituri contrôlée alors par le groupe armé du Front nationaliste intégrationniste (FNI).

Pour financer ses opérations, le FNI a vendu une partie de cet or à une société ougandaise qui, elle-même, l’a écoulé à Hussar Ltd, une société offshore basée à Jersey. Cette dernière l’a fait affiner en Suisse par Argor-Heraeus, avant de le vendre à plusieurs banques commerciales.

Procédure pénale ouverte

Le Ministère public de la Confédération (MPC) a confirmé lundi à la RTS avoir ouvert une procédure pénale contre la société tessinoise "pour présomptions de blanchiment d’argent en relation avec un crime de guerre et de complicité de crime de guerre" suite aux dénonciations de TRIAL.

Selon Kathi Lynn Austin, Argor-Heraeus ne pouvait ignorer l’origine de cet or. Des permis d’exportation où figure la mention "DR Congo" auraient notamment dû alerter l’entreprise de Mendrisio (voir documents plus bas). Ces pièces ont été versées à la dénonciation pénale transmise par TRIAL au MPC.

Ce n’est pas la première fois qu’Argor-Heraeus est accusée d’avoir raffiné de l’or pillé. En juillet 2005, un rapport du Groupe d’experts des Nations unies sur le conflit en RDC dénonçait la société.

Quelques mois plus tard, ce même Groupe d’experts demandait des sanctions contre Argor-Heraeus. En vain. Dans l’intervalle, les autorités fédérales ont défendu l’entreprise, arguant que celle-ci n’avait jamais violé l’embargo des Nations unies sur le conflit en RDC.

Une affaire qui gène Adolf Ogi

Une défense inconditionnelle que des voix associent à la présence de l’ancien conseiller fédéral Adolf Ogi au conseil d’administration d’Argor-Heraeus depuis décembre 2002.

Adolf Ogi, actuellement en déplacement comme l’a fait savoir sa secrétaire à la RTS, n'était pas joignable pour réagir à ces nouvelles révélations.

Jusqu’ici, Berne a toujours refusé de publier le moindre document sur cette affaire. En particulier, un audit de l’Autorité de contrôle en matière de lutte blanchiment d’argent, aujourd'hui FINMA. Un audit qui portait sur le respect des normes anti-blanchiment par Argor-Heraeus. Contactée par la RTS, la FINMA a cité le devoir de secret et n'a pas voulu répondre à des questions relatives à cet audit.

Yves Steiner et Laurent Burkhalter

 

Publié le 04 novembre 2013 - Modifié le 05 novembre 2013

Argor-Heraeus réfute les accusations

Dans un communiqué envoyé aux médias ce lundi, l'entreprise tessionoise a réfuté les accusations de l'ONG TRIAL.

Faisant référence à une enquête d'un groupe d’experts des Nations Unies sur le conflit en RDC, Argor-Heraeus rappelle que "son nom a été retiré du rapport".

La société suisse a également souligné "que depuis 2005 elle n'acceptait plus d'or en provenance d'Ouganda et de régions instables".