Mise à jour le 24 janvier 2013

Une étude inédite se penche sur les causes des drames familiaux en Suisse

Cette étude effectuée à l'échelle de la population d'un pays est une première mondiale.
Cette étude effectuée à l'échelle de la population d'un pays est une première mondiale. [JEAN-CHRISTOPHE BOTT - Keystone]
Les conditions de vie peuvent parfois pousser un individu à craquer et à s'en prendre à sa famille. Elles sont le plus souvent à l'origine des drames familiaux, tels que récemment à Daillon. L'accès facilité aux armes est aussi en cause, selon une étude de l'Université de Berne.

Les drames familiaux en Suisse sont essentiellement causés par le stress. Selon des chercheurs, les divorces, les conditions de logement ou encore le titre de séjour peuvent être des facteurs déterminants.

Un accès limité aux armes à feu permettrait d'éviter un certain nombre de ces tragédies. En moyenne en Suisse, trois ou quatre fois par an, un auteur généralement masculin fait une victime la plupart du temps féminine avant de se suicider, écrit l'équipe de Matthias Egger de l'Institut de médecine sociale et préventive de l'Université de Berne, dans la revue "PLOS ONE".

La présence d'enfants

"Ce qui est surprenant, c'est que nous n'avons pas trouvé de lien avec la profession et le milieu social", a expliqué le professeur Egger. Qu'il s'agisse d'un ouvrier ou d'un professeur ne joue aucun rôle.

Et contrairement à une idée reçue, les étrangers ne sont pas plus souvent à l'origine de tels drames que les Suisses, à l'exception de ceux qui ne disposent pas d'un permis de séjour permanent. Le principal facteur de risque est lié aux conditions de vie: des problèmes relationnels, des conditions de logement difficiles ou encore pas d'autorisation de séjour.

Les hommes divorcés figurent plus souvent parmi les auteurs que les mariés, les non-religieux plus fréquemment que les catholiques. La présence d'enfants dans le ménage ou l'environnement urbain ou rural n'a en revanche aucune influence.

Limiter l'accès aux armes à feu

Dans plus de 80% des cas, les coupables recourent à des armes à feu. Il faut donc limiter l'accès à ces dernières, jugent les experts. "Ce serait l'approche la plus efficace pour la prévention", d'après Matthias Egger. "Je suis convaincu qu'un ou deux drames familiaux de ce type pourraient ainsi être évités chaque année."

Les scientifiques n'ont pas pu examiner dans le cadre de cette étude la question de l'utilisation d'armes militaires.

ats/lgr

Une première mondiale

Les chercheurs ont constaté que le nombre de drames familiaux était élevé en Suisse en comparaison européenne, alors que le taux de meurtres était bas.

Environ 60% des meurtres ont lieu dans le cercle familial et 28% des ménages suisses possèdent une arme à feu.

L'étude a pris en compte 158 décès dus à des drames familiaux entre 1991 et 2008.

C'est la première fois que les facteurs de risque sont ainsi évalués et selon Matthias Egger, cette étude effectuée à l'échelle de la population d'un pays est une première mondiale.

Lien avec la densité d'armes

Des études au niveau international montrent clairement le lien entre la densité des armes d'un pays et les drames familiaux.

En Hollande, où celle-ci est moins élevée qu'en Suisse, ce type d'affaires est deux fois moins fréquent, alors qu'aux Etats-Unis elles sont plus courantes.