Mise à jour le 26 novembre 2012

Les Suisses acceptent à 68% la révision de la loi sur les épizooties

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La vaccination obligatoire des animaux était au centre de la campagne des référendaires. [Sandro Campardo - Keystone]
Les Suisses ont accepté à plus de 68% la révision de la loi sur les épizooties. Tous les cantons ont dit oui, à l'exception d'Uri et d'Appenzell Rhodes-Intérieures. Seul un quart des citoyens s'est rendu aux urnes.

Un peu plus de 946'000 votants (68,28%) ont glissé un "oui" dans l'urne. Le camp du "non" a réuni moins de 440'000 personnes. La Suisse romande a voté en bloc en faveur de la loi. En tête, le canton de Vaud avec 88,5% de voix favorables. Il est talonné par Genève (86,7%). Suivent Neuchâtel (74,3%), le Jura (72,2%), le Valais (71,2%), Fribourg (69,2%) et Berne (67,5%). Le Tessin a aussi nettement soutenu la révision avec 66,3% des voix.

Outre-Sarine, les scores ont généralement aussi été sans appel. Bâle-Ville s'est montré le plus décidé avec 78% de "oui" devant Bâle-Campagne (72,7%). Les cantons agricoles comme Lucerne ou St-Gall ont également approuvé le texte.

Mais Schwyz et Obwald ont failli basculer dans le camp des opposants: seuls 50,3% et 50,8% de leurs corps électoraux ont accepté la révision. Uri et Appenzell Rhodes-Intérieures (AI) ont même clairement dit "non" à la loi à respectivement 57,7 et 55,4%.

Rôle moteur de la Confédération

La révision de la loi sur les épizooties, défendue par le Conseil fédéral et les Chambres, vise à renforcer la prévention contre certaines maladies animales transmissibles comme celles de la langue bleue, la grippe aviaire et la fièvre aphteuse face aux risques accrus de propagation avec la mondialisation. La loi confère notamment à la Confédération un rôle directeur dans la détection précoce et le financement des mesures pour contrer les épidémies.

Berne pourra créer une banque de vaccins pour mettre à disposition des éleveurs les doses nécessaires à prix réduit ou gratuitement en cas de besoin. Les cantons resteront néanmoins responsables de la lutte contre les épizooties.

Taxe d'abattage

Une nouvelle taxe nationale d'abattage sur les bovins, les moutons, les chèvres et les porcs harmonisera la participation des éleveurs, rapportant environ 3 millions à la Confédération. La loi vise aussi à mettre fin au commerce sauvage de chiots importés de l'Europe de l'Est. Vendus à la sauvette sur des parkings, ces animaux sont souvent malades, pas vaccinés contre la rage et insuffisamment socialisés.

Les référendaires, emmenés par le naturopathe Daniel Trappitsch, estiment que la révision de la loi ouvrait la porte au vaccin obligatoire des animaux. Ils dénonçent également les coûts élevés des programmes de prévention et la mise au ban des méthodes thérapeutiques d'origine naturelle.

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Record d'abstentionnisme presque battu

La Suisse a frôlé dimanche un nouveau record en matière d'abstentionnisme. Le plancher historique de 26,7%, atteint le 4 juin 1972, a failli tomber. La révision de la loi sur les épizooties n'a mobilisé qu'environ 27% du corps électoral. C'est la première fois qu'un référendum facultatif attire aussi peu de personnes aux urnes, a commenté le politologue Claude Longchamp.

La palme du plus grand désintérêt revient aux Glaronais, qui ont n'ont été que 15,5% à remplir leur bulletin de vote. Dans les rangs des moins intéressés par le sort de la loi figurent aussi les Jurassiens (16,3% à avoir voté) et les Tessinois (18%). Parmi les cantons romands, les taux de participation frôlent le plancher. Les Valaisans se sont mobilisés à raison de 23,2%, les Vaudois de 26,3%, les Genevois de 28,3%, les Fribourgeois de 28,6% et les Neuchâtelois de 29,3%.

Il faut remonter aux années 70 pour trouver des taux d'abstention aussi bas. Après le score de 26,7% atteint le 4 juin 1972 (sauvegarde de la monnaie et stabilisation du marché de la construction), 27,5% des électeurs s'étaient déplacés aux urnes le 4 mars 1973 pour un vote sur l'enseignement et la recherche scientifique.

Plus près de nous, le 21 mai 2006, les articles constitutionnels sur la formation sont entrés au panthéon des scrutins peu mobilisateurs, avec 27,2%. A l'autre extrême, la meilleure participation depuis la Deuxième Guerre mondiale a été réalisée le 6 décembre 1992. L'Espace économique européen (EEE) avait poussé 78,3% des citoyens à voter.

Johann Schneider-Ammann satisfait

Johann Schneider-Ammann avait la mine des grands jours dimanche après la nette acceptation de la révision de la loi sur les épizooties. Même la très faible participation n'a pas ébranlé le conseiller fédéral, qui s'attendait à une mobilisation mineure. "Je me réjouis de la clarté du résultat, signe de confiance dans les autorités fédérales", a lancé Johann Schneider-Ammann devant la presse.

Le ministre de l'économie a peiné à expliquer l'opposition constatée en Suisse centrale. Dans ces régions, la discussion sur la question des vaccinations a été peut-être un peu plus intense, a-t-il affirmé en guise d'hypothèse.

Jacques Bourgeois, directeur de l'Union suisse des paysans (USP), craignait ainsi qu'un faible taux de participation ne joue en défaveur de la loi sur les épizooties. Ce ne fut pas le cas. "Le peuple suisse ne s'est pas laissé enfermer dans le discours des opposants", a déclaré à l'ats le conseiller national PLR fribourgeois. Le soutien des citoyens va permettre de moderniser cette loi qui date de 1966, rappelle-t-il.

La déception du comité référendaire

Le comité référendaire est déçu du "oui" clair à la loi sur les épizooties. Le chef des opposants, le naturopathe Daniel Trappitsch, reproche à la Confédération d'avoir semé la panique. Malgré la défaite, le naturopathe grison veut poursuivre la lutte, en exigeant notamment de meilleures études avant de nouvelles vaccinations obligatoires, affirme-t-il. Lors de la vaccination contre la maladie de la langue bleue en 2008, les vaccins n'avaient pas été suffisamment contrôlés, d'après lui.

De son côté, l'UDC a pris acte dimanche du oui des citoyens à la révision de la loi sur les épizooties. Mais elle appelle les autorités à user de leurs nouvelles compétences avec modération. Seul parti avec l'UDF à soutenir le non, l'UDC souligne qu'elle continuera de se battre pour la liberté et la responsabilité individuelles et contre les atteintes de l'Etat à la sphère privée.