Jean-François Rime contre une augmentation des vacances: interview
29.02.2012 00:14RTS: Pourquoi refuserait-on six semaines de vacances aux Suisses?
Jean-François Rime (entrepreneur dans le canton de Fribourg, conseiller national UDC et membre du comité du non à l'initiative): C'est avant tout une question de coûts. Il est facile de calculer que ces deux semaines supplémentaires augmenteraient les coûts salariaux des entreprises, pour un total de 6 milliards par année à la charge des entreprises. Et ce alors que les charges salariales ont déjà augmenté de 0,2% au début de l'année. Cela deviendrait alors insupportable pour les sociétés, surtout les plus petites.
Mais à ces 6 milliards, les initiants du texte opposent le chiffre de 10 milliards à la charge des entreprises et des collectivités pour tous les coûts liés au stress au travail...
Ce chiffre n'est pas fiable. Il ne correspond à aucune étude scientifique, contrairement à celui de 6 milliards.
Et le stress des employés? Octroyer davantage de vacances ne reviendrait-il pas à le faire diminuer?
Avoir plus de vacances ne change rien au stress du travail quotidien. Au contraire, ceux qui devraient travailler davantage pour remplacer les collègues qui sont en vacances seraient davantage stressés, particulièrement dans les plus petites structures.
Les opposants affirment que la charge serait surtout dure à assumer pour les Petites et Moyennes Entreprises (PME). En tant qu'entrepreneur, expliquez-nous pourquoi.
L'économie suisse fonctionne bien grâce à ses micro-entreprises. Celles-ci sont déjà fragilisées par la crise et le franc fort. Et compte tenu du petit nombre d'employés, les PME seront les plus touchées, car cela occasionnerait de gros problèmes d'organisation. Pour une société avec trois employés, il faudrait accorder un mois et demi d'absences supplémentaires. Or, il y a toujours des machines à faire tourner. Il n'est pas simple de trouver des remplaçants pour certains emplois très qualifiés. Il serait ainsi difficile d'assurer les engagements et l'existence de certaines PME serait menacée.
Vous avancez aussi l'argument de la perte de compétitivité de la Suisse.
Des coûts de la main d'oeuvre et des vacances trop importants mèneront forcément certaines firmes à fermer ou alors à délocaliser à l'étranger, où les salaires sont plus bas. Des emplois disparaîtront et ce sont surtout les moins bien formés qui se trouveront au chômage. A force de rajouter des charges, de demander des salaires minimaux de 4000 francs ou d'exiger la diminution de l'âge de la retraite, on va tuer des postes de travail. De plus, la loi suisse actuelle correspond à la moyenne européenne, l'Allemagne où ça marche bien par exemple. Si les Suisses travaillent peut-être plus que certains autres, cela renforce l'attractivité.
Quelque 40% des Suisses sont soumis à une Convention collective de travail qui peut offrir plus de vacances, les autres ayant le minimum légal de 4 semaines. N'est-ce pas inéquitable?
Non, il faut garder une certaine flexibilité en fonction des branches. Les secteurs les plus pénibles, comme le bâtiment ou le bois, ont 5 semaines de vacances. D'autres accordent 1 semaine en plus dès 50 ans et d'autres, moins difficiles, en ont moins besoin. De plus, comment voulez-vous appliquer 6 semaines de congé à l'agriculture? Ce serait aberrant. Il faut absolument que les règles soient établies en fonction des besoins et des possibilités de chaque branche.
Ne serait-ce pas plus simple et plus efficace d'avoir une règle nationale concernant les vacances?
Justement pas, il ne faut pas que l'on règle les vacances dans la Constitution ou une loi, mais dans les partenariats sociaux que sont les CCT. En outre, on ne peut pas comparer les situations d'un travailleur à Bulle et à Zurich, notamment en raison de temps de déplacement très différents.
Mais ce serait pourtant un geste pour les employés qui travaillent toujours plus?
Je soutiens qu'il faut faciliter les CCT, mais il est impossible d'aller plus loin pour les PME. Celles-ci peu vent aussi prendre des décisions individuelles pour aider leurs employés.
Selon le dernier sondage SSR, une victoire du non semble plus que probable, donc aucun souci à se faire?
On ne sait jamais, mais c'est vrai que la campagne est un peu molle. Même les syndicats n'apportent que peu de soutien au texte. Idem pour la gauche.
Mais tout de même, comment expliquez qu'un pays offre la possibilité à ses citoyens d'avoir plus de vacances et que ceux-ci vont sûrement refuser?
Les gens sont conscients des dangers de ce texte. Actuellement, les employés espèrent plutôt garder leur travail qu'avoir davantage de vacances. Et avant tout gagner davantage d'argent pour pouvoir prendre des vacances.
Propos recueillis par Frédéric Boillat