Affaire Tinner: le rôle des USA détaillé dans un livre
Dans leur livre "Fallout" (Retombées), les journalistes américains Catherine Collins et Douglas Frantz affirment que Washington a réussi à entraver l'enquête de la justice suisse sur Friedrich, Urs et Marco Tinner, un père et ses deux fils liés au réseau d'Abdul Qadeer Khan, le "père" de la bombe atomique pakistanaise.
Pressions américaines
"De hauts responsables de l'administration de George W. Bush et du renseignement américain sont intervenus au plus haut niveau du gouvernement suisse pour le convaincre de détruire les preuves recueillies au cours d'une enquête criminelle" portant sur les activités des Tinner, affirment les auteurs.
"Les Américains ont également usé de leur influence pour persuader les Suisses d'abandonner le projet de poursuivre six agents de la CIA pour espionnage".
Ces agents s'étaient introduits en 2003 au domicile suisse de Marco Tinner à Jenins (est) pour copier les données contenues dans ses ordinateurs. Y figuraient les plans d'une bombe atomique chinoise datant des années 1960 et d'autres issus du programme nucléaire pakistanais, selon les auteurs.
La CIA cherchait à cerner l'étendue du réseau d'Abdul Qadeer Kahn, qui vendait les secrets de la technologie pakistanaise à la Libye, l'Iran et la Corée du Nord.
Quand "Mad dog" recrute Urs Tinner
Un agent de la CIA, surnommé "Mad dog" ("Chien fou") avait recruté dès 1999 comme informateur Urs Tinner, chargé par le Dr Khan de diriger la construction d'une usine d'enrichissement d'uranium pour le compte de la Libye. Il avait ensuite également recruté son père et son frère.
Les Tinner ont été arrêtés en 2004. La Confédération a mis la main sur leurs ordinateurs contenant les fameux plans. Washington s'est alors inquiété que la révélation du rôle des Tinner ne compromette les efforts de la CIA contre le réseau du Dr Khan et a obtenu à la suite de longues pressions que Berne détruise en 2008 les documents saisis chez les Tinner.
Des années auparavant, les Etats-Unis avaient mis en garde la Suisse sur les activités de Friedrich Tinner, sans que Berne n'intervienne. Ce volet serait révélé au grand jour en cas de poursuites, qui "compromettraient" les relations de Berne avec Washington, avait soutenu la secrétaire d'Etat américaine Condoleeza Rice pour convaincre son homologue suisse Micheline Calmy-Rey en 2007, écrivent les auteurs.
Le secrétaire à la Défense Robert Gates et le ministre de la Justice Alberto Gonzales ont eux aussi tenu des propos similaires aux Suisses, selon eux.
afp/bkel