Mise à jour le 12 décembre 2010

PostFinance aurait violé le secret postal

Le responsable de PostFinance, Jürg Bucher, risque de devoir justifier ses décisions auprès du Ministère public de la Confédération.
Le responsable de PostFinance, Jürg Bucher, risque de devoir justifier ses décisions auprès du Ministère public de la Confédération. [Peter Klaunzer - Keystone]
Il se peut que Postfinance ait violé le secret postal en annonçant à grand bruit la fermeture d'un compte bénéficiant à l'animateur principal de WikiLeaks, Julian Assange, et sur lequel pouvaient être versés des dons. Selon plusieurs médias dominicaux, un dossier pénal pourrait être ouvert.

Pour le Ministère Public de la Confédération, le dossier serait ouvert parce que La Poste est encore une régie fédérale et que le délit pourrait être poursuivi d'office. L'affaire pourrait par ailleurs se corser avec des prises de positions à caractère clairement politique. Déjà, le président du parti socialiste suisse, Christian Levrat, a estimé que la Suisse avait cédé à des pressions politiques américaines.

"Guerre" mondiale sur le Net

La divulgation de documents confidentiels par WikiLeaks et leur reprise par de grands médias, notamment de grands journaux nationaux, a déclenché sur Internet de très vifs débats sur des milliers de blogs. Elle a aussi clairement durci les oppositions entre les partisans d'une Toile où règne une quasi complète liberté d'expression et tous ceux qui estiment que les liaisons informatiques doivent pouvoir être contrôlée de près, notamment par des instances étatiques, essentiellement policières et militaires.

L'annonce, vendredi, par le Conseil fédéral, de la mise sur pied d'un groupe d'experts devant proposer une "stratégie globale" de la Confédération "contre les menaces cybernétiques" n'est à cet égard qu'un épisode parmi d'autres d'une "volonté de contrôle" qui se manifeste partout, et pas seulement en Chine, au motif qu'il s'agit d'appliquer les lois et de prévenir des abus et des délits.

Le ton a changé

Dans les milieux de "hackers" et autres "pirates", les jeux des chats et des souris se sont jusqu'ici principalement joués contre des "systèmes de défense" - notamment des programmes anti-virus et autres pare-feux - pour en trouver et exploiter les failles.

Ces "jeux", selon ces milieux, sont en train de changer car les instances officielles tiennent à passer de la défense et de la surveillance au contrôle et à pouvoir disposer d'un accès pratiquement libre sinon aux serveurs eux-mêmes du moins à ce qui y entre et en sort.

Pour les partisans d'une Toile sans "Big Brothers", c'est clairement la liberté d'expression qui est désormais menacée: les États, notamment par le biais des fournisseurs d'accès à Internet, entendent bien "tenir les lignes", c'est-à-dire pouvoir les ouvrir et les fermer à leur guise.

C'est dès lors dans un contexte nouveau, selon les partisans d'un Internet sans garde-chiourme, que l'affaire Postfinance-WikiLeaks doit être considérée. Pas de doute que tous les "whistleblowers", les "lanceurs d'alerte" en attendent les aboutissants.

agences/ant

Une plainte contre les hackers?

La question d'une éventuelle plainte de PostFinance contre les pirates informatiques qui ont paralysé le site de la société est encore ouverte. L'évaluation juridique de ce cas est en cours, a dit samedi le porte-parole de PostFinance, Alex Josty.

Le directeur de la Centrale d'enregistrement et d'analyse pour la sûreté de l'information (MELANI) de la Confédération, Pascal Lamia, recommande le dépôt d'une plainte. Cela permettrait de montrer qu'un tel piratage informatique "n'est pas un jeu", dit-il dans une interview publiée samedi par les journaux alémaniques "Bund" et "Tages-Anzeiger".

Les autorités ne peuvent enquêter que si une plainte est déposée, souligne Pascal Lamia. Grâce aux traces laissées par les pirates, la police pourrait savoir quel ordinateur suisse a participé à l'attaque contre l'établissement financier de la Poste.

Quelques dizaines d'utilisateurs en Suisse se sont associés aux attaques, mardi, du site internet de PostFinance. Le programme de participation à l'attaque par déni de service a aussi été téléchargé et utilisé depuis des adresses IP en Suisse, selon l'expert.

Les sympathisants de Julian Assange ont bloqué la page internet du site PostFinance. Ils réagissaient à la décision de l'établissement financier de fermer le compte du fondateur de WikiLeaks après avoir découvert des données incorrectes sur son domicile.

Julian Assange, détenteur d'un passeport australien, avait déclaré habiter Genève. Selon PostFinance, les pirates informatiques n'ont eu aucun accès aux comptes.