Petite élection à la présidence pour M.Calmy-Rey
08.12.2010 20:57C'est une véritable gifle pour la cheffe de la diplomatie, arrivée au gouvernement en 2003. Depuis l'introduction de l'élection du Conseil national au système proportionnel, personne n'avait récolté aussi peu de voix. Le record était jusqu'ici détenu par le radical Edmund Schulthess, élu en 1920 avec 136 voix, alors que l'Assemblée fédérale ne comptait que 233 membres, contre 246 aujourd'hui.
Ce score donne aussi le ton pour 2011, année sensible qui verra le renouvellement du Parlement et du Conseil fédéral. La socialiste est toutefois une habituée des mauvais résultats. Lors de sa première élection en 2007, elle avait réalisé un score médiocre de 147 voix sur 192 bulletins valables. Et en septembre déjà, la socialiste genevoise n'avait récolté que 126 voix sur 193 pour la vice-présidence du Conseil fédéral, l'un des plus mauvais résultats jamais obtenus pour cette fonction. Elle aura occupé ce poste durant deux mois, en remplacement de Moritz Leuenberger.
Vote sanction
La sanction de la ministre des affaires étrangères s'explique par sa propension à agir en solo, notamment dans sa gestion de l'affaire libyenne, qui a irrité plus d'un parlementaire. Le rapport de la commission de gestion, dans le cadre de ce dossier rendu public vendredi dernier, n'a pas épargné la conseillère fédérale.
Du coup, 27 parlementaires ont préféré glisser un bulletin blanc dans l'urne. Ont également récolté des voix le ministre de l'intérieur Didier Burkhalter (33 voix), le ministre de la défense Ueli Maurer (20), la ministre des finances Eveline Widmer-Schlumpf (20) et celle de justice et police Simonetta Sommaruga (10).
Le camp rose-vert a fustigé l'attitude hypocrite des partis de droite, qui avaient assuré leur soutien officiel. Selon le PS et les Verts, certains parlementaires n'ont pas hésité à régler leurs comptes dans leur coin avec la socialiste, au mépris du principe de concordance. Pour la droite, ce score historiquement mauvais doit être compris comme une leçon et un avertissement à la veille de l'année électorale. "Une gifle cinglante et méritée", a jugé pour sa part le conseiller national Hans Fehr (UDC/ZH), qui espère que la socialiste fera preuve de davantage de retenue dans sa fonction présidentielle qu'en tant que ministre.
Dossier libyen
Le président du PDC Christophe Darbellay calcule de son côté que la ministre des affaires étrangères n'a récolté qu'un tiers des voix environ des groupes de droite et du centre, les parlementaires PDC et PLR n'ayant par apprécié ses critiques à leur endroit, outre sa gestion du dossier libyen.
Le président du PBD Hans Grunder espère de son côté que la socialiste tiendra compte au cours de cette année du carton jaune que lui a adressé le Parlement. "Aucune indiscrétion ne doit plus filtrer du Conseil fédéral", a-t-il déclaré, allusion aux soupçons qui pèsent sur le Département des affaires étrangères autour de fuites dans la presse dominicale avant le rapport parlementaire sur l'affaire libyenne. Mais au final, Hans Grunder ne veut pas non plus surestimer ce résultat. Si tout se passe normalement, on oubliera rapidement la chose, a-t-il ajouté.
A noter que pour la quatrième fois, la Confédération aura une femme à sa tête. En sus des deux passages de Micheline Calmy-Rey, la fonction a été occupée par Ruth Dreifuss en 1999 et par Doris Leuthard cette année. C'est la première fois qu'une femme succède à une femme. C'est aussi la cinquième fois que Genève a droit à cet honneur. A part Micheline Calmy-Rey et l'autre socialiste Ruth Dreifuss, la fonction a été occupée par le radical Adrien Lachenal (1896) et le libéral Gustave Ador (1919).
Eveline Widmer-Schlumpf aussi élue
A 54 ans, Eveline Widmer-Schlumpf accède pour sa part pour la première fois à la vice-présidence du Conseil fédéral. La ministre des finances PBD a été élue avec un score moyen de 146 voix sur 222 bulletins valables. Tous les groupes ont soutenu la Grisonne, à l'exception de l'UDC, qui avait laissé la liberté de vote.
Les voix des démocrates du centre semblent s'être massivement reportées sur le ministre UDC Ueli Maurer, qui a recueilli 46 voix. Didier Burkhalter en a obtenu 17 et Simonetta Sommaruga 10. Il n'est pas certain que la Grisonne accède à la présidence de la Confédération en 2012, l'élection l'an prochain au gouvernement étant très incertaine. L'UDC ne lui a jamais pardonné d'avoir accepté de remplacer Christoph Blocher, évincé du gouvernement en décembre 2007.
ats/cab