La presse dénonce l'impuissance face à l'UDC
29.11.2010 21:08"L'UDC avance parce qu'elle ne se heurte à aucune résistance", constate la Tribune de Genève. "Elle est la première a détecter un malaise dans la population et la première à offrir une "solution"," poursuit le quotidien genevois.
L'absence de stratégie est également montré du doigt dans Le Quotidien Jurassien. Les partis de gauche et du centre ont été incapables de se mettre d'accord pour soutenir le contre-projet, rappelle le journal qui espère que la classe politique va se réveiller.
"Déni de la réalité"
La Liberté reproche à la gauche et à la droite modérée leur "coupable déni de la réalité face aux agissements criminels d'une minorité d'étrangers". Pour le quotidien fribourgeois, "laisser ce terrain en jachère, malgré la colère croissante de la population, c'était offrir de l'espace aux plantes vénéneuses".
Le Nouvelliste constate lui aussi que l'UDC est le seul parti a avoir "intégré les réalités du siècle". Profit, consommation et jouissance de son travail ont été mis sur un pied d'Estale par le libéralisme. Aujourd'hui, la bourgeoisie et la classe moyenne entendent protéger leurs privilèges. Si les autres partis ne réagissent pas, "c'est un boulevard qui s'ouvre pour l'UDC dans la perspective des élections fédérales de 2011", prédit le journal valaisan.
Peurs exploitées
En Suisse alémanique, la presse interprète le vote comme l'expression de l'insécurité de la population face aux rapides changements de la société. Le peuple a un "désir fatal d'idylle", écrit le Tages-Anzeiger.
Ils étaient une centaine à manifester à Lausanne dimanche. [Keystone]
"La question de l'identité et de la culture helvétiques préoccupent les Suisses plus que n'importe quel autre thème", selon le Bund, qui explique par là-même le rejet de l'initiative fiscale du PS.
Si les peurs de la population sont "légitimes" envers les phénomènes migratoires, elles sont exploitées par l'UDC, dénonce Le Temps. Il devient impossible pour les autres partis de contrer "le populisme [qui] assomme la raison".
Démocratie en danger
Les éditorialistes voient également dans ce vote le signal d'un danger pour la démocratie. La Liberté se demande "jusqu'où ira la Suisse dans la régression de l'Etat de droit et les discriminations érigées en règles fondamentales?".
Les éditorialistes se penchent également sur la question de l'application problématique du texte. Certains demandent qu'à l'avenir le Parlement rejette les initiatives en contradiction avec le droit international.
Le Matin revient lui sur le problème du financement des partis, source d'impuissance de certaines formations. Il faut que "le Parlement se décide à fixer des règles du jeu".
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Nos voisins sont outrés
L'affiche de l'UDC a choqué. [Dominic Favre - Keystone]
En Autriche et en Allemagne, les commentateurs de la presse qualifient d'"irritante" et "brutale" l'acceptation de l'initiative. Die Presse parle d'une Suisse à la mentalité douteuse, voire frappée d'une sorte de schizophrénie car elle veut expulser assassins, voleurs et dealers mais accepte à bras ouverts dictateurs, mafiosi et hommes d'affaires aux richesses louches.
Alors que Le Standard (Autriche) y voit le signe que la démocratie directe échoue devant la haine de étrangers, El País (Espagne) évoque l'"abîme" entre la Suisse "française et allemande".
"Le signal émis par les Suisses réclame des réponses", menace la Süddeutsche Zeitung. Car il n'est pas normal que les Suisses croient pouvoir sortir le coeur léger des accords conclus avec l'UE et des conventions internationales. Pour le Tageszeitung de Berlin et le Märkische Oderzeitung, la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) devrait mettre le holà.
En France, Le Figaro cite "SOS Racisme", qui clame que " la Suisse, sous l'impulsion une fois de plus de la très xénophobe UDC, montre un visage haineux, s'obstinant à voir dans la figure de l'Autre la source de tous les maux réels ou fantasmés de la société".
Tandis que Libération souligne une campagne "soutenue par une débauche d'affiches ouvertement xénophobes", le Washington Post parle de montée de populisme face à l'immigration, réaction alimentée par la peur et l'irrationnel.
Seul un éditorialiste d'Il Giornale se demande si l'Italie ne devrait pas imiter la Suisse.
ats/ap/bri