Majorité historique mais éphémère, craint la presse
23.09.2010 14:29"Moins de 40 ans après avoir été un des derniers pays sur la planète à accorder le droit de vote aux femmes, la Suisse figure aujourd’hui parmi les rares nations à avoir une majorité féminine dans son gouvernement", souligne en préambule Nicolas Willemin dans L'Express et L'Impartial.
L'élection du 22 septembre 2010 est qualifiée d'historique. [Keystone]
"C'est un jour à marquer d’une pierre blanche pour les femmes de ce pays, qui rattrapent le temps perdu", s'exclame de son côté Thierry Meyer dans 24 heures.
"Un mur est tombé. Depuis hier, les femmes détiennent le pouvoir dans le gouvernement suisse", note Pierre Ruetschi dans la Tribune de Genève. "Le Conseil fédéral est désormais un bastion féminin", écrit Sandra Jean dans Le Matin.
La menace des fédérales de 2011
Bien que loué, le caractère historique de l’élection d’hier est presque aussitôt effacé par les inquiétudes liées aux élections fédérales de 2011, qui pourraient mettre un terme à cette majorité féminine.
Le départ attendu de Calmy-Rey et le siège vacillant de Widmer-Schlumpf menacent la majorité. [Keystone]
"Attendue, saluée comme allant de soi, cette première majorité de femmes au Conseil fédéral n'en reste pas moins historique, fût-elle condamnée à disparaître dans une bonne année", s'exclame Louis Ruffieux dans La Liberté.
Même son de cloche au Matin, qui souligne que "ce mercredi entrera bel et bien dans l’histoire. (…) Pour une année en tout cas". Un point de vue partagé par 24 heures, qui relève que "Micheline Calmy-Rey devrait s’en aller dans un an, et le siège d’Eveline Widmer-Schlumpf vacille déjà. Rien ne garantit que d'autres femmes prennent leur place, le cas échéant, et que la majorité féminine tienne au-delà des élections fédérales".
Rémy Chételat, du Quotidien Jurassien, de renchérir: "Cette fleur faite aux femmes risque de se faner rapidement: le renouvellement du Conseil fédéral l’an prochain pourrait rendre la majorité aux hommes, qui ont détenu le monopole jusqu'en 1984". A la Tribune de Genève, on n’est guère plus optimiste: "Regardez bien ce gouvernement où siègent quatre femmes. Pas certain que cette composition historique résistera à la tempête annoncée".
Une "majorité des plus fragiles"
Les excellents scores de Jean-François Rime sont un "avertissement" pour 2011. [alexandre chatton - RSR]
Evoquant aussi l'échéance des élections fédérales de 2011, L'Express et L'Impartial abondent dans ce sens: "cette majorité féminine au Conseil fédéral est des plus fragiles".
Un point de vue partagé par Pierre Veya, du Temps: "Les prochaines élections de 2011 sont déjà dans tous les esprits, et la bataille pour l'accession au Conseil fédéral s’annonce féroce, en particulier sur les terres peu stables du centre droit, convoitées par l’UDC".
Une UDC qui a vu son candidat fribourgeois Jean-François Rime obtenir d’excellents scores lors des deux élections, évinçant Jacqueline Fehr et Karin Keller-Sutter.
Des résultats qui constituent un message pour 2011: "Jean-François Rime n'a jamais eu l’air d’un candidat au rabais. L’avertissement pour 2011 est clair, il s'adresse à tous les partis", relève 24 heures. Le Courrier abonde dans ce sens, Philippe Bach notant que le rôle de trouble-fête joué par Jean-François Rime était "une manière de préparer les élections fédérales de 2011".
Nathalie Hof