La Cardinal brassée en Argovie: choc à Fribourg
01.09.2010 13:06Le président du Conseil d'Etat fribourgeois Beat Vonlanthen est "choqué" par l'annonce de Feldschlösschen. Contacté par tsrinfo.ch, il se dit "irrité" par la manière de faire. Le gouvernement n'a été informé que lundi soir de la décision du brasseur et n'a jamais été inclus dans la recherche de solutions, a déclaré le porte-parole du Département de l'économie et de l'emploi Thomas Gut.
Les autorités rencontreront mardi à 17h00 le directeur de Feldschlösschen, Thomas Metzger. Beat Vonlanthen ne désespère pas de le faire revenir sur sa décision, même s'il ne se fait pas trop d'illusions. "La marge de manoeuvre est étroite. La situation n'est plus la même qu'en 1996. La brasserie de Fribourg représentait encore 60% de la production du groupe, alors qu'elle ne pèse plus que 40% aujourd'hui".
Le président de Feldschlösschen a expliqué les raisons de la fermeture. [Keystone]
Beat Vonlanthen se refuse à aborder la question des pertes fiscales liées au départ d'une grande entreprise. Pour lui, la perte pour le canton est avant tout symbolique et humaine. "La priorité va aux collaborateurs et collaboratrices de Cardinal". Une "task force Cardinal" va être mise en place par le canton pour chercher des solutions en accord avec la ville de Fribourg.
L'avenir du site de production est encore incertain. Selon Thomas Gut, Feldschlösschen chercherait à vendre le terrain de la brasserie, situé en pleine ville.
"Choc émotionnel"
"C'est un choc émotionnel très fort, puisque depuis plus de 100 ans, l'entreprise Cardinal fait partie du paysage industriel de la ville de Fribourg. Je crois bien que c'est la fin d'une histoire", a de son côté déclaré le syndic socialiste de Fribourg Pierre-Alain Clément. "C'est un coup dur pour la ville qui perd un de ses fleurons dans le domaine de l'industrie alimentaire", a-t-il ajouté.
Par rapport à 1996-97, lorsque la ville entière s'était mobilisée pour sauver une première fois la brasserie Cardinal, les circonstances ont changé, relève Pierre-Alain Clément. L'entreprise n'est désormais plus en mains suisses mais danoises (Carlsberg) et "on subit les effets de la globalisation de manière assez forte", note le syndic.
"Une grande tristesse"
Dominique de Buman avait participé aux négociations pour le sauvetage de 1997. [Reuters]
Syndic de la ville lors de la menace de fermeture en 1996, Dominique de Buman avait participé aux négociations pour sauver la brasserie. Aujourd'hui, il accueille la nouvelle avec "une grande tristesse". "La tradition brassicole fribourgeoise est en train de disparaître", a-t-il déploré sur le site de 20 Minutes.
S'il avoue comprendre le choix de Feldschlösschen, il exprime sa compassion pour les employés du site. "J’ai la boule au ventre quand je pense aux employés. Fribourg perd aujourd'hui un symbole et une partie de son âme."
Pas de licenciements prévus
Le site fribourgeois emploie actuellement 75 personnes à Fribourg. Aucun licenciement n'est prévu. "Nous assumerons nos responsabilités", a promis le patron de Feldschlösschen Thomas Metzger. Dix-huit personnes pourront bénéficier d'une retraite anticipée et un poste de travail au sein de l'entreprise Feldschlösschen sera proposé aux 57 autres collaborateurs. Ils pourront être replacés en Suisse romande, à Berne ou à Rheinfelden.
Un plan social est déjà en discussion avec les syndicats. Unia a toutefois durement critiqué cette fermeture. "La décision a été annoncée de façon particulièrement abrupte ce matin à 07h00 au personnel qui n'a pas été préparé à ce coup d'assommoir", a relevé Armand Jaquier, secrétaire régional d'Unia Fribourg.
Les employés ont été mis au courant mardi matin. [Keystone]
Le syndicat blâme particulièrement le groupe Carlsberg, qui malgré des bénéfices en constante augmentation (+12% pour les six premiers mois de l'année), "détruit 75 emplois et une longue tradition du brassage de la bière dans la région". Le syndicat entend se battre avec le personnel pour trouver des solutions alternatives.
La brasserie avait déjà connu une première menace de fermeture en 1996. Durant deux ans, tout le canton s'était alors mobilisé pour maintenir Cardinal à Fribourg. En février 1998, le groupe Feldschlösschen avait finalement signé un accord avec les autorités de la ville et du canton prévoyant la poursuite des activités.
agences/sbo