Conseil fédéral: le PDC veut une élection simultanée
09.08.2010 08:45Pour Christophe Darbellay, les arguments avancés par Moritz Leuenberger pour rester en place jusqu'en décembre sont "une plaisanterie". "Ce n'est pas possible qu'il reste six mois juste pour pouvoir assister au percement du tunnel du Gothard et à la conférence sur le climat de Cancun", estime le président du PDC dans la presse dominicale.
Les deux ministres sur le même chemin... le temps d'une photo. [Keystone]
Le ministre des Transports doit "finir de percer le Gothard et s'en aller pour la fin octobre", mois durant lequel Hans-Rudolf Merz quittera le Conseil fédéral. Selon le Valaisan, le fait que Hans-Rudolf Merz et Moritz Leuenberger n'aient pas réussi à se mettre d'accord pour une élection simultanée est un "aveu d'impuissance".
Moritz Leuenberger impassible
Chez les libéraux-radicaux, on appelle également le ministre socialiste à modifier son agenda. Pour le président du parti, Fulvio Pelli, Moritz Leuenberger doit envoyer "maintenant" sa lettre de démission. La cheffe du groupe parlementaire PLR, Gabi Huber, n'a pas non plus envie de perdre de temps.
"Si quelqu'un avait voulu une double démission, cela aurait pu être arrangé", dixit Leuenberger. [DR]
"Si Moritz Leuenberger n'agit pas, les élections occuperont les deux prochaines sessions". Et de redouter que les Chambres soient accaparées par ces nominations et ne puissent plus traiter d'autres dossiers importants. A noter que si Moritz Leuenberger cède à la pression, il devra quitter le Conseil fédéral avant la fin de l'année (lire encadré).
Sur ce point, la cheffe du groupe socialiste aux Chambres, Ursula Wyss, rejoint la libérale-radicale. Deux élections séparées ne sont pas souhaitables, elle n'exclut donc pas d'avoir des discussions avec Moritz Leuenberger. Mais de souligner que c'est à lui "que revient la décision finale". Du côté du principal intéressé, on maintient le cap. Interrogé samedi par la télévision alémanique, il est clair: "Si quelqu'un avait voulu une double démission, cela aurait pu être arrangé".
Départs en cours de législature critiqués
Ces départs en cours de législature ne sont guère du goût du conseiller aux Etats Robert Cramer. Il les estime contraires à la Constitution qui précise qu'un conseiller fédéral est élu pour une période de quatre ans. Dans une interview au Matin Dimanche, le conseiller aux Etats Robert Cramer condamne "cette façon de changer les règles du jeu en cours de partie". Le Vert genevois rejoint les politologues Andreas Ladner et Georg Lutz.
Robert Cramer est opposé aux démissions en cours de législature. [salvatore di nolfi / keystone]
Hans-Rudolf Merz lui-même a admis lors de l'annonce de son départ devant la presse vendredi que la démission de conseillers fédéraux en cours de législature était une question clé. Elle devrait être réglée dans un cadre général, selon le conseiller fédéral.
Pour Robert Cramer, cette pratique qui tend à se généraliser a pour autre conséquence qu'elle déresponsabilise le Conseil fédéral vis-à-vis du Parlement. "Nous avons passé des heures à mettre au point le programme de législature avec les conseillers fédéraux et, aujourd'hui, seuls trois des sept qui en sont à l'origine restent en place", déclare le Genevois. Ainsi les quatre successeurs devront suivre des priorités qui ne sont pas les leurs, constate le conseiller aux Etats.
De plus, les retraites préméditées et décidées de manière individuelle ne permettent pas de créer une dynamique de groupe et de cohésion à long terme. Cette pratique illustre un manque de collégialité. Et cette lacune est "toujours la cause de tous les dossiers que nous devons saisir en commission de gestion", relève Robert Cramer.
Lui qui a été ministre cantonal croit savoir, "sans connaître en détail l'histoire de tous les gouvernements cantonaux qu'une telle pratique n'a pas cours à ce niveau, ni dans les communes d'ailleurs. Sauf en cas de force majeure évidemment".
Tactiques politiciennes
Moritz Leuenberger a annoncé son retrait en juillet pour la fin de cette année. Hans-Rudolf Merz a annoncé qu'il mettra fin à sa fonction de conseiller fédéral au début du mois d'octobre. Si le socialiste campe sur ses positions, les parlementaires éliront d'abord le successeur de Hans-Rudolf Merz et trois mois plus tard le sien.
Pour de nombreux analystes, en donnant sa démission avant Moritz Leuenberger, Hans-Rudolf Merz a opéré un choix tactique. Il permet au PLR de faire d'abord élire son candidat et de s'assurer ainsi du soutien du PS. Dans l'hypothèse d'un départ avancé de Moritz Leuenberger et d'une élection simultanée, la donne ne serait plus la même et le PS prendrait l'avantage. La succession de Moritz Leuenberger serait réglée avant celle de Hans-Rudolf Merz. Pourtant le PLR tient à une élection simultanée.
ats/ap/hof