Le "trop long mandat" de Moritz Leuenberger
11.07.2010 18:22Pour Le Temps, "celui qu'on disait fatigué (...) met un terme à un trop long mandat par une dernière pirouette politique". Le journal estime qu'à l'heure du bilan "l'homme politique n'a pas répondu à tous les espoirs qu'on avait placés en lui".
Plus sévère encore, la Tribune de Genève affirme que, quinze ans après son arrivée au Conseil fédéral "on attendait toujours que Moritz Leuenberger prenne une décision. La première, si tardive, fut donc celle de sa démission". Le journal ajoute: "Et comme c'est demain qui compte, saluons sa décision de quitter les lieux".
Pour 24 heures, quinze ans à la tête d'un département si lourd "c'est un bail d'une durée excessive". "Le pays a perdu en idées motrices ce qu'il a gagné en continuité", estime le quotidien, pour qui "l'esthète (...) a fini par symboliser un Conseil fédéral sans cohésion, et la conservation du pouvoir comme un but en soi."
Un bilan "pas si creux"
L'Impartial, L'Express et le Journal du Jura sont moins sévères. Moritz Leuenberger "ne fait pas figure de perdant au moment de son départ", même s'"il n'est pas facile de faire le bilan de son action au gouvernement", soulignent les trois quotidiens, pour qui "il reste en tous cas un personnage et un style, souvent déroutant". "Même l'annonce de son départ que beaucoup réclamaient les a pris à contre-pied".
Même ton dans La Liberté: "Son bilan n'est pas aussi creux que le claironnent ses adversaires". Le journal relève qu'il "aura incarné jusqu'au bout cet éloge de la lenteur et de la durée. Jusqu'à l'annonce de son départ, qui ouvre un interrègne inhabituellement long, propice à l'occupation du terrain par son parti".
Un service pour son parti
Pour Le Nouvelliste, le bilan est impossible à tirer car il repose davantage sur des a priori idéologiques que sur des faits objectifs". Moritz Leuenberger "ne facilite pas la tâche de son successeur. Il sert surtout son parti en lui offrant une campagne publicitaire gratuite de six mois".
Le Quotidien Jurassien estime que "le ministre était devenu un poids pour les socialistes en vue de élections fédérales de 2011". Pour lui, "ces démissions de conseillers fédéraux pour des raisons de tactique politicienne (...) deviennent une mauvaise habitude". "Elles dénaturent la fonction ministérielle".
Pour Le Matin, "son départ est une bonne nouvelle": il y a "comme un urgent besoin de renouveau" au Conseil fédéral. Pour le DETEC aussi, c'est une bonne chose: "il faut aujourd'hui envisager sérieusement le fait que ce département hyperstratégique passe aux mains de la droite", estime l'éditorialiste. "Qu'elle nous montre enfin ce qu'elle a dans le coffre".
La presse alémanique entre éloge et soulagement
Le ton est beaucoup plus sec en Suisse alémanique où la NZZ Online titrait déjà vendredi soir "Quinze ans, ça suffit". "Enfin", écrit la Basler Zeitung.
"Espérée par beaucoup et même souhaitée par son parti", commente la Neue Luzerner Zeitung, alors que la Südostschweiz parle de "bienfait" et le Landbote de "Libération".
Toutefois, les mêmes journaux ont aussi des éloges pour son action. La Basler Zeitung rend hommage à "un tacticien qui cherchait toujours le compromis confédéral", alors qu la NZZ lui atteste un "format d'homme d'Etat".
Pour le Tages Anzeiger, il était "un conseiller fédéral talentueux", alors que l'Aargauer Zeitung parle d'un "être d'exception au plan humain".
ats/sbo