Les relations angolaises de Walter Fust
30.06.2010 08:20Jusqu’en avril dernier, l’ancien haut fonctionnaire de la Confédération dirigeait le Forum humanitaire mondial de l'ex-secrétaire général des Nations unies Kofi Annan, dissous sous le poids des dettes.
Le voilà maintenant membre d’une jeune fondation, l’Afrikanische Innovations Stiftung (Fondation africaine pour l’innovation), basée à Zurich. Il y siège aux côtés de José Filomeno de Sousa dos Santos, le fils de José Eduardo dos Santos, le président-dictateur angolais à la tête de l’un des Etats les plus corrompus de la planète, selon le classement de l'organisation Transparency international (consulter son dernier rapport).
Etonnement au Parlement
Francine John-Calame, conseillère nationale (Verts/NE) et membre de la Commission de politique extérieure, qualifie cette présence de "très dérangeante". Elle a affirmé à la TSR vouloir demander des éclaircissements au Département fédéral des affaires étrangères (DFAE).
Contacté au téléphone, Toni Frish le numéro 2 de la DDC, dit n’avoir jamais entendu parler de la fondation zurichoise. Quant au DFAE, il refuse de s’exprimer sur la question.
Le fils dos Santos a assisté aux côtés de Walter Fust au premier comité de pilotage de la Fondation le 8 juin dernier à Zurich. Contacté au téléphone, le professeur suisse Ernst Brugger, qui préside la Fondation, explique que trois sujets ont été discutés lors de cette réunion: un projet pour l’éducation des enfants, l’élaboration d’une loi anti blanchiment d’argent en Angola et une éventuelle coopération entre de grandes écoles suisses et des universités angolaises.
Il ajoute que la fondation est née sur l’initiative du fils dos Santos et de Jean-Claude Morais de Bastos, un Angolais naturalisé suisse et domicilié au Tessin. Ensemble, ces deux hommes dirigent la Banco Quantum, une banque d’investissement créée en 2007. A 33 ans, José Filomeno de Sousa dos Santos (filmé lors de son mariage) est présenté par la presse angolaise comme le favori à la succession de son père. L’héritier dos Santos a des intérêts dans l’immobilier et la banque.
Suisse-Angola : accord signé en 2005
Les liens qu’entretient désormais le fils du président avec Walter Fust résonnent avec une autre histoire: celle d’un accord signé entre la Suisse et l’Angola en novembre 2005 pour la restitution de 21 millions de francs suisses, bloqués dans le cadre d’une enquête pour corruption. Or c’est Walter Fust qui a été l’homme clé de cet accord de restitution dénoncé comme opaque par certaines ONG dont la Déclaration de Berne.
Ce programme social et humanitaire Angola-Suisse (PSH) prévoit que l’argent rendu serve à financer des projets de développement et de déminage sous le patronage de la DDC. En 2008, L’Hebdo avait révélé que la société d’armement étatique suisse RUAG avait obtenu un contrat, sans appel d’offres, pour le volet déminage, aujourd’hui réalisé et qui porte sur 12 millions de francs. Le volet consacré à la construction d’écoles et à la formation agricole (12 millions) n’a quant à lui pas commencé.
La réponse de Walter Fust
Quant à Walter Fust lui-même, il répond par écrit: «J’apporte mon savoir en matière de développement dans d’autres fondations. Je suis un homme privé, j’ai le droit de participer à des fondations, ne croyez surtout pas que je n’ai pas examiné cela soigneusement. J’ai bien examiné cette demande avec le président et les fondateurs de la Fondation et après avoir récolté toute les informations, j’ai décidé d’y participer car je peux leur apporter mon savoir en matière de développement».
Agathe Duparc et Anne-Frédérique Widmann