Ueli Maurer propose une armée redimensionnée
28.06.2010 11:30Le rapport sur la politique de sécurité, adopté mi-avril par le
Conseil fédéral, s'en tenait aux grandes lignes stratégiques. Avec
ce nouveau rapport sur l'armée, dont la TSR a obtenu une copie,
c'est le nouveau visage de l'institution qui se dessine. Ueli
Maurer a depuis son entrée en fonction souvent montré du doigt les
problèmes: l'informatique, la logistique, le manque d'argent. Le
ministre de la Défense propose maintenant quelques solutions.
Ce rapport n'est pas encore définitif et doit être complété, mais
il donne déjà des pistes sur l'avenir de l'armée. Il va faire
l'objet d'une première discussion lundi devant l'une des
commissions du Conseil des Etats. Puis, le Conseil fédéral va se
prononcer sur une version définitive, soit en juin soit après
l'été, une version qui sera ensuite envoyée au Parlement.
Des structures surdimensionnées
L'armée pourrait compter 95'000 hommes au lieu de
120'000. [Keystone]
En premier lieu, le rapport propose une
armée redimensionnée, plus petite d'un cinquième environ: 95'000
hommes, sans compter la réserve, à la place des 120'000 actuels. Il
s'agit notamment de tenir compte de l'évolution démographique. Le
manque de relève dans l'encadrement est également l'un des
problèmes à régler.
"Les structures de l'armée, étant donné le potentiel de
recrutement, sont aujourd'hui surdimensionnées. Il n'est pas
possible de les alimenter", précise le rapport.
Au passage, toute une série d'unités et d'états-majors vont passer
à la trappe. On se débarrassera aussi de certaines infrastructures
et de certains systèmes d'armes. Il est en outre prévu de liquider,
le plus vite possible, ce qui reste des ouvrages de fortification
et de dissoudre les formations qui y sont attachées.
Le paradoxe, c'est que cette armée de taille réduite est censée
coûter plus cher. Ueli Maurer réclame 5 milliards par an, soit
environ un demi-milliard de plus que le budget actuel. De plus, le
ministre réclame une rallonge, pas encore chiffrée, pour l'achat
des nouveaux avions de combat. Le remplacement partiel des Tigers,
l'achat et l'équipement complet, demande selon lui un financement
spécial.
De possibles sacrifices
Le remplacement des Tigers pourrait être
menacé. [Keystone]
Mais la facture n'est-elle pas trop
salée? Dans ce cas, le ministre a préparé une variante, un "modèle
optimisé en fonction des ressources", qui reste dans l'enveloppe
financière des 4,5 milliards par an. Mais il faudra alors faire des
sacrifices, et en premier lieu renoncer au remplacement des
Tigers.
Le rapport évalue en effet à 200 millions, annuellement, les frais
de fonctionnement de ces nouveaux avions. "En regard des coûts très
élevés de tels systèmes, on peut se poser la question de savoir si
notre petit Etat pourra à l'avenir continuer à assurer de manière
autonome sa souveraineté aérienne", estime le rapport.
Deux autres variantes sont proposées. L'une se concentre sur les
tâches d'appui aux autorités civiles, l'autre sur la composante
défense nationale, mais aucune ne fait l'objet d'une évaluation
chiffrée, dans l'état actuel du rapport.
Pierre Gobet et Frédéric Boillat