LPP: la presse critique après le "non" cinglant
28.06.2010 11:32"Une claque", "une dérouillée", "une gifle cinglante", notent lundi les journaux, s'accordant à dénoncer, comme Bernard Wuthrich dans Le Temps , une campagne ratée, "reposant sur des arguments impalpables, des prévisions invérifiables, des supports visuels improbables". D'où cet "échec programmé". Dans L'Express et L'Impartial, Nicolas Willemin dénonce aussi un projet "bâclé, voire même précipité", "une pilule trop grosse à avaler pour le souverain".
Un flou trop artistique
Pour la Tribune de Genève, la claque est cinglante et
méritée. [DR]
Le flou entourant les chiffres avancés
par les partisans du oui est aussi critiqué: si la classe politique
a "le mérite de raisonner à long terme (...), les innombrables
paramètres de démographie, de marchés financiers ou de croissance
économique ne permettent pas de penser qu'une mesure aussi
symbolique est déjà nécessaire", note François Schaller dans
L'Agefi
.
Didier Burkhalter, à l'instar des partisans du oui, n'a pas été
"convaincant", estime de son côté Arthur Grosjean dans la Tribune de Genève
. Et "les Suisses
ne sont pas idiots". Ils ont rejeté une mesure préventive basée sur
des "données floues", analyse le rédacteur en chef adjoint de la
"Julie".
Le Journal du Jura critique pour sa part le camp bourgeois qui,
"en voulant abaisser - maintenant - le taux de conversion à 6,4%
alors que la réduction de 7,2 à 6,8% est encore en cours", "a mis
la charrue devant les boeufs."
La crise, élément-clé du refus massif
La crise financière a fait une nouvelle victime: la votation fédérale sur l'adaptation du taux de conversion de la prévoyance professionnelle. A ce flou s'ajoutent les inquiétudes des Suisses face à la crise économique et à l'affaire UBS. Thierry Meyer, rédacteur en chef de 24 heures , relève le "mauvais timing" du vote, "avec la crise".
"La crise financière a fait une nouvelle victime: la votation
fédérale sur l'adaptation du taux de conversion de la prévoyance
professionnelle", juge de son côté Pierre-André Chapatte.
L'éditorialiste du Quotidien Jurassien estime que le rejet
enregistré dimanche est "clairement le résultat d'un manque de
confiance envers les milieux de la finance".
"Touchez pas au grisbi", voilà la référence cinématographique
utilisée par Jean-François Fournier pour résumer le vote du peuple
suisse dimanche. Autrement dit, "laissez nos rentes tranquilles!",
analyse le rédacteur en chef du Nouvelliste
. Les Suisses n'ont
"plus confiance en un système où les banques ont fait de l'argent
en bourse avec leurs retraites et où ils doivent éponger leurs
pertes".
"L'échec était programmé"
"Le peuple a parfaitement compris qu'il lui est tout simplement demandé de payer la crise", relève de son côté Michel Schweri dans Le Courrier . "C'était une question de conscience, de croyance et de confiance. Mais c'est la défiance qui, tel un ouragan, a tout emporté", note Bernard Wuthrich dans Le Temps. "Pour glisser un oui dans l'urne, il fallait croire et faire confiance" aux assureurs, aux milieux économiques, au Conseil fédéral et à la majorité bourgeoise du Parlement. "Or cette alliance, si souvent gagnante en Suisse, n'a pas su convaincre".
Pour Le Matin, c'est la "victoire du ras le
bol". [DR]
Après la campagne des partisans de la
baisse du taux de conversion dans le 2e pilier, "l'échec était
programmé", note encore Bernard Wuthrich, évoquant lui aussi le
contexte particulier du moment: crise économique, affaire
UBS.
Il relève aussi que le peuple suisse "n'est pas disposé à valider
des sacrifices infligés au plus grand nombre alors qu'une minorité
de patrons, spécialement dans la finance, encaissent de nouveau de
juteux bonus, comme s'ils n'avaient rien appris".
Le peuple a clairement dit son "ras le bol" en rejetant
massivement la baisse des rentes programmée par la droite et le
Conseil fédéral, analyse Viviane Menétrey dans Le Matin
. "Un non qui dit le malaise profond de la
population depuis la débâcle UBS aux Etats-Unis et son sauvetage à
grands frais par la Confédération". Un vote synonyme
d'"avertissement clair aux autorités et au milieux économiques" du
pays.
Un rejet qui ne résout rien
Malgré ce revers, il faudra remettre l'ouvrage sur le métier. Car une réforme du deuxième pilier est "indispensable", estime Nicolas Willemin dans L'Express. Mais il faudra mieux qu'"un bricolage hâtif". L'éditorialiste de La Liberté s'inquiète quant à lui pour l'avenir de l'ensemble des assurances sociales, estimant que le refus de dimanche "planera sur tous ces débats". Il "n'en facilitera évidemment pas l'issue", prévient Louis Ruffieux.
Vainqueurs et
vaincus ont devant eux une lourde responsabilité.
Thierry Meyer avertit enfin dans 24 heures que ce refus "ne résout
pas le problème auquel sont confrontées nos retraites". Un chantier
auquel il faudra "s'atteler avec courage et bonne foi". "Vainqueurs
et vaincus ont devant eux une lourde responsabilité",
conclut-il.
Et Le Courrier de proposer des pistes pour l'avenir: "réduire les
frais administratifs des assureurs-vie, mieux calculer les primes,
répartir les bénéfices plus équitablement". Ou scinder le 2e pilier
"pour remettre la gestion de la part obligatoire à une caisse
publique à but non lucratif". Plus radical encore, transférer la
cotisation du 2e pilier vers l'AVS, voire fusionner LPP et AVS.
La droite k.o. à l'aube de 2011
Ce résultat cinglant ne manque pas de susciter des commentaires
des éditorialistes en vue des élections fédérales de 2011: car la
rafale de bise qui a balayé la révision de la LPP a été d'une "rare
violence", analyse Louis Ruffieux dans La Liberté. "Elle laisse à
terre la confortable majorité de droite qui gouverne le
pays".
Pour Arthur Grosjean, ce vote de défiance ne fait que s'ajouter à
la débâcle du Conseil fédéral lors du précédent scrutin sur les
minarets. Des revers successifs qui "annoncent des élections
fédérales très difficiles en 2011 pour les partis centristes qui
contrôlent le pouvoir. La bipolarisation semble en effet repartie
de plus belle avec le binôme UDC-PS", estime, en guise de
conclusion, le rédacteur en chef adjoint de la Tribune de
Genève.
Nathalie Hof