Blocher évincé: l'analyse des politologues
28.06.2010 11:35En étant évincé par Eveline Widmer-Schlumpf, Christoph Blocher a été l'artisan involontaire de la promotion des femmes, souligne la politologue. "Le climat va sûrement changer au sein du Conseil fédéral, indépendamment du sexe de la nouvelle élue UDC."
Pour Regula Stämpfli, l'élection de Madame Widmer-Schlumpf est la meilleure manière d'oeuvrer en faveur de l'égalité. Au Parlement, les femmes suisses restent toutefois nettement sous-représentées: 67 membres sur 246, soit 27,2% des élus aux Chambres.
Retour de bâton au PDC?
La gauche est elle aussi minoritaire au Parlement. Dans le camp
des partis bourgeois majoritaires, le PDC a pourtant agi en
fonction d'elle, relève le politologue Andreas Ladner. Cela
pourrait nuire au parti à moyen terme: "Ses électeurs conservateurs
ne l'ont peut-être pas apprécié et ils pourraient se tourner vers
l'UDC", estime-t-il.
Le PDC a atteint un objectif à court terme en évinçant Christoph
Blocher du gouvernement. "En termes de pouvoir politique, il aurait
peut-être mieux valu qu'il lance une candidature issue de ses
rangs", analyse Andreas Ladner.
Les démocrates du centre se sont probablement trop concentrés sur
la personne de Christoph Blocher. Grâce à l'éviction de leur
conseiller fédéral, les démocrates du centre ont acquis une
légitimité à passer dans l'opposition, relève le politologue. A
l'avenir, l'UDC recourra davantage aux instruments qu'elle connaît
déjà comme la circulaire du 1er août, les manifestations, les
référendums et les initiatives populaires.
Scission peu probable
Cette politique d'opposition n'apportera pas forcément plus
d'électeurs au parti à moyen terme, prédit Regula Stämpfli. "L'UDC
a surtout été gagnante lorsqu'elle a pris ses responsabilités au
sein des gouvernements", rappelle-t-elle. L'UDC a en outre déjà
bien exploité son potentiel d'électeurs.
Pour Andreas Ladner, une scission au sein du groupe parlementaire
UDC est possible, mais pas forcément souhaitable, tout dépend de la
taille du nouveau groupe. A ses yeux, les politiciens UDC qui se
sentent proches de Samuel Schmid et d'Eveline Widmer-Schlumpf
feraient mieux de rejoindre un autre groupe parlementaire. Dans
tous les cas, les deux conseillers fédéraux UDC ne seront pas
soutenus par la majorité du groupe de leur parti.
Or, le soutien d'au moins certains membres serait important sur le
plan psychologique. Les ministres devront toujours trouver des
majorités au-delà des groupes, souligne Andreas Ladner. Au
gouvernement, rien ne devrait changer. Les deux ministres UDC et
les radicaux maintiendront une majorité bourgeoise. Pour le
politologue, le Conseil fédéral n'a pas glissé au
centre-gauche.
agences/boi