Modifié le 28 juin 2010

Le squat de la Tour évacué à Genève

Rhino, institution genevoise
Les occupants du rhino craignent une expulsion sur le même mode [Keystone]
Le squat de la Tour, à Genève, a été évacué mardi matin. Les onze occupants présents ont été emmenés par la police. Une centaine de sympathisants ont longuement manifesté contre cette expulsion, dénonçant la méthode utilisée.

Les policiers ont investi l'immeuble de la rue de la Tour, à
Plainpalais, vers 10h00. Ils ont délogé les occupants et les ont
conduits au poste pour un contrôle d'identité. Pour empêcher toute
tentative de retour, une barrière a tout de suite été installée
autour de l'immeuble et l'eau et l'électricité ont été coupées.

Casseurs au front

En milieu d'après-midi, une dizaine de personnes ont néanmoins
réussi à s'introduire dans la maison en passant par les combles de
l'immeuble voisin, également squatté. Elles ont été rapidement
appréhendées par les policiers. Toutes les personnes interpellées
ont été relâchées dans la journée.





Dès 10h30 environ, des dizaines de sympathisants du mouvement
squat ont commencé à affluer devant l'immeuble. Ils se sont
regroupés au milieu du carrefour situé devant la Tour, bloquant la
circulation en haut du boulevard du Pont d'Arve. La police n'est
pas intervenue dans un premier temps, se contentant de rester
devant le bâtiment.





La situation est restée calme jusque vers 18h00. De petits groupes
d'autonomistes, arrivés entre-temps, ont commencé à bouter le feu à
des containers, à des cartons et à des pneus, bloquant le boulevard
du Pont d'Arve et la rue de Carouge. La police est intervenue pour
libérer les voies de circulation, faisant usage de lacrymogènes,
tandis que les pompiers éteignaient les foyers.





Des vitrines, dont celle d'une agence UBS et celle d'un poste
d'agents de ville, ont été endommagées par des casseurs. Vers
21h00, policiers et manifestants, entourés de nombreux badauds, se
confrontaient encore par endroits autour de la plaine de
Plainpalais. La police ne faisait état d'aucun blessé. Quelques
interpellations ont eu lieu, selon des témoins.

Méthode controversée

Les manifestants ont fustigé la méthode, illicite à leurs yeux,
déjà utilisée pour vider l'ancien squat de la maison Blardonne. Les
policiers pénètrent dans l'immeuble sans jugement d'évacuation et
emmènent les squatters pour un contrôle général d'identité. Le
propriétaire constate alors que les lieux sont inoccupés et reprend
possession de son bien.





Ce scénario s'est reproduit au squat de la Tour, un des plus
anciens et emblématiques du canton. Par l'entremise de son avocat
Marc Oederlin, le propriétaire a ordonné le début immédiat des
travaux de rénovation de l'immeuble. Les ouvriers se sont mis à
l'oeuvre instantanément.





«L'autorisation de construire est en force depuis près d'un an.
Nous allons mettre rapidement sur le marché 16 appartements à loyer
contrôlé», a affirmé Me Oederlin. «Les affaires des squatters vont
être collectées et seront mises à leur disposition dans un dépôt»,
a poursuivi l'avocat.





ats/ant

Publié le 26 août 2007 - Modifié le 28 juin 2010

Tour de vis dénoncé

L'évacuation, menée sur ordre du procureur général genevois Daniel Zappelli, dénote un nouveau tour de vis du magistrat contre les squats. Les occupants des trois immeubles du Rhino, le plus ancien squat de la ville situé à un jet de pierre de la Tour, craignent une expulsion sur le même mode la semaine prochaine.

Quant au squat de la Tour, il avait été vidé une première fois puis réoccupé en 2001. D'après les témoignages des manifestants, il abritait davantage de personnes que les onze occupants présents au moment de l'évacuation. Connu comme un lieu de vie libertaire, il abritait notamment une bibliothèque alternative et une crèche autogérée fréquentée par une quinzaine d'enfants.

L'évacuation n'a pas tardé à entraîner des réactions politiques. Les Verts ont dénoncé une «expulsion scandaleuse» au moyen d'un «subterfuge indigne d'un état de droit». «Cette nouvelle politique et ces opérations de police tranchent avec 20 ans de concertation entre les autorités et les milieux des squatters.» Les syndicats ont fustigé «la grossière manipulation du procureur Zappelli».