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    • > "Il ne faut pas criminaliser le détenteur d'un animal"
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    "Il ne faut pas criminaliser le détenteur d'un animal"

    28.06.2010 12:36
    Pierre-François Gobat estime qu'il faut surtout favoriser le dialogue. [DR]
    Pierre-François Gobat estime qu'il faut surtout favoriser le dialogue. [DR]
    Les Suisses votent le 7 mars prochain sur l'instauration d'un avocat pour animaux dans chaque canton. Président de l'Association suisse des vétérinaires cantonaux, ainsi que vétérinaire cantonal de Neuchâtel, Pierre-François Gobat s'oppose à l'initiative de la Protection suisse des animaux.

    Selon une enquête menée en novembre par l'institut GfK, 63% des Suisses saluent la création d'avocats chargés de la protection des animaux. Pourquoi vous démarquez-vous de cette majorité, vous qui êtes un "ami des bêtes"?



    Pierre-François Gobat: Le but visé, à savoir le bien-être des animaux, est honorable. C'est aussi le mien. Mais la méthode n'est pas la bonne.



    Quelle serait alors la méthode idéale?



    Il vaut mieux prendre des mesures de type administratif avec le détenteur pour améliorer le bien-être des animaux, plutôt que de renvoyer ces cas devant un tribunal.



    Le comité d'initiative estime que la loi actuelle est bonne, mais que son application est mauvaise. Pourquoi ne voulez-vous pas lutter avec lui contre de faibles et rares condamnations pénales ?



    Les cas graves de maltraitance sont très rarement dus à des actes de cruauté délibérée, mais plutôt à des négligences, elles-mêmes presque toujours causées par des détresses personnelles, comme l'alcoolisme, la toxicomanie, la dépression ou des situations familiales ou professionnelles difficiles. Pour ces personnes-là, une peine pénale n'a guère effets. Saisir son animal a plus d'impact. D'autant que depuis 2008, une interdiction de détenir qui a été délivrée est valable sur tout le territoire suisse...

    Pour Pierre-François Gobat, les auteurs de cruauté
doivent être lourdement punis. [Reuters] Pour Pierre-François Gobat, les auteurs de cruauté doivent être lourdement punis. [Reuters] Des condamnations plus fortes n'auraient-elles pas un effet sur les autres cas de maltraitance ?



    Les autres maltraitances sont dues à l'ignorance. Dans ces cas-là, les poursuites pénales ne sont non plus pas idéales car les relations avec le propriétaire se crispent. Mieux vaut pouvoir continuer de discuter avec lui afin de trouver des solutions pour le bien-être de l'animal. Comme prendre une cage plus grande, par exemple.



    Il existe cependant aussi des actes de cruauté purement gratuite...



    C'est rare. C'est le cas par exemple d'une personne qui attache son chien toute la journée au radiateur pour qu'il ne saccage par l'appartement.... Dans ces situations, effectivement, il faut que les peines soient lourdes.



    Dans ces cas de cruauté, un avocat ne serait-il pas utile ?



    L'animal est saisi et le cas dénoncé à la justice. . Pour leur enquête, les procureurs peuvent maintenant faire appel à un spécialiste tel que nous. Notre rôle est veiller à la protection des animaux, de prendre des mesures administratives et, depuis 2008, de dénoncer des maltraitance intentionnelles. Mais nous sommes aussi à même de soutenir une accusation pénale ! Un avocat pour animaux n'est donc pas nécessaire.



    Mais un avocat des animaux est indépendant! En outre, il est un spécialiste. Il peut aider l'animal, mais aussi les autorités vétérinaires... A Zurich, la vétérinaire cantonale serait satisfaite de la situation...



    Un avocat mènerait sa propre enquête, c'est clair. Et il est vrai qu'un avocat connaît la jurisprudence pour l'ensemble du territoire suisse. Mais dans l'ensemble, il nous complique la tâche, notamment dans notre relation avec le détenteur de l'animal. Au final, il donnera plus de travail à tout le monde. Ceci dit, je n'ai jamais parlé avec la cheffe vétérinaire zurichoise.

    La balance des intérêts ne pencherait-elle pas néanmoins en faveur d'un avocat pour animaux ?



    Dans le canton de Zurich, la moyenne des amendes est de 520 fr. , soit 100 fr. de plus que dans le reste de la Suisse. Faut pas croire que cet avocat a une influence démesurée. Pensez-vous vraiment que 100 fr. de plus permettra de diminuer le nombre de cas de maltraitance?



    La différence n'est pas énorme, mais les coûts non plus...



    C'est vrai qu'un avocat coûte peu. Mais veut-on investir ces ressources cantonales dans un niveau pénal, à travers un avocat, ou dans un cadre administratif, où l'on s'occupe vraiment des animaux ? Il faut aider l'animal et non pas criminaliser son détenteur. Il faut aussi mieux informer et contrôler, comme le demande la nouvelle loi sur les animaux.

    Les paysans qui transgressent les lois risquent jusqu'à
un retrait des paiements directs. [DR] Les paysans qui transgressent les lois risquent jusqu'à un retrait des paiements directs. [DR] Les contrôles justement, sont-ils plus nombreux qu'avant ?



    Le nombre de contrôles est en augmentation. Il y a au minimum 10'000 contrôles par an dans l'agriculture. Les parcs et les magasins zoologiques sont aussi surveillés.



    Qui sont les particuliers qui sont contrôlés ?



    Les contrôles chez les particuliers se font sur dénonciation. Dans le canton de Neuchâtel, on compte 100 à 150 dénonciations par an. Par extrapolation, cela signifie 5000 à 10'000 contrôles chez des particuliers en Suisse.



    Pourquoi les paysans ne veulent-ils pas d'avocats pour animaux ?



    De nombreux paysans craignent bien entendu de ne pas être en ordre. Les lois les concernant sont complexes et sont souvent révisées ! Récemment, un paysan a dû payer 1900 fr. pour avoir gardé dix veaux attachés. Cela fait une dizaine d'années que c'est interdit, mais cette pratique était fréquente avant. Les exploitations sont souvent contrôlées, en moyenne tous les 3 ans. Et les peines peuvent être énormes. Selon l'infraction, les paysans risquent jusqu'à un retrait total des paiements directs.



    D'un point de vue éthique, ne faudrait-il pas mettre sur un pied d'égalité les animaux et les hommes ?



    Avec la récente révision du code civil, les animaux ne sont plus considérés comme des choses et avec la nouvelle loi sur les animaux, la dignité de l'animal doit être respectée. Reste qu'un animal ne peut pas être un sujet de droit au même niveau qu'un humain. Sinon, il pourrait aussi se marier, hériter, etc. En fait, je ne comprends pas pourquoi la Protection suisse des animaux n'a pas retiré son initiative, présentée en 2006, au vu des changements législatifs effectués.



    Propos recueillis par Caroline Briner

    Sur ce sujet

    • Votations du 7 mars

      Interview d'Antoine F.Goetschel, seul avocat pour animaux de Suisse | 7 mars 2010

    Mesures administratives contre mesures pénales

    L'initiative populaire lancée par la Protection suisse des animaux "Contre les mauvais traitements envers les animaux et pour une meilleure protection des animaux" demande l'instauration dans chaque canton d'un avocat pour animaux. Celui-ci serait commis d'office si une procédure pénale pour violation de la loi sur la protection des animaux est ouverte.

    Ce projet est soutenu par le parti socialiste, les Verts et le parti évangélique suisse. Des représentants des Verts libéraux, ainsi que des conseillers nationaux de l'UDC et du PDC, soutiennent aussi le texte.

    Actuellement, en cas de maltraitance, le vétérinaire cantonal ouvre au moins une procédure administrative afin de trouver une solution avec l'accusé. Une interdiction de détenir peut être délivrée soit par le vétérinaire cantonal, soit à la suite d'une procédure pénale.

    Les procédures pénales sont ouvertes dès qu'il y a une maltraitance intentionnelle. La loi prévoit jusqu'à trois ans d'emprisonnement et 20'000 francs d'amende.

    En 2008, quatre instructions pénales sur un total de 318 ont entraîné des peines privatives de liberté. Et la moyenne des amendes se montait à 439 francs.

    Le canton de Zurich est le seul canton à avoir instauré un avocat pour animaux, en 1992.

    L'avocat pour animaux donne des conseils juridiques, enquête, entend des témoins ou propose des peines. Son rôle est essentiellement consultatif. Son travail est financé par l'Etat, mais il peut parfois être pris en charge partiellement par la personne qui a été condamnée.

    "Des possibilités réelles"

    La campagne de la PSA pourrait faire mouche.

    Selon une enquête menée en novembre par l'institut GfK, 63% des Suisses saluent la création d'avocats chargés de la protection des animaux.

    En outre, 81% veulent que les personnes maltraitant les animaux soient sévèrement punies et 72% sont d'avis qu'un avocat exercerait la pression nécessaire sur les autorités pour que la loi soit appliquée plus rigoureusement.

    En outre, les partis mobilisent actuellement leurs forces sur la révision de la LPP, aussi soumis en votation le 7 mars.

    Pierre-François Gobat admet qu'il y a "des possibilités réelles" que cette initiative passe. "Mais je rappelle qu'il faut aussi la majorité des cantons. Or, il est possible que les cantons ruraux soient moins sensibles sur cette question", souligne-t-il.

    Et si ça passe? Eh bien, "il fera avec", promet le vétérinaire cantonal neuchâtelois.

    archives

    • Des avocats pour animaux? Découverte de trois cas concrets à Fribourg - 8 février 2010, 19:30 Le Journal

      02:09 | 19:30 le journal | 5 février 2010

    • Le Conseil fédéral appelle au rejet de l'initiative de la Protection suisse des animaux - 14 décembre 2009, 12:45 Le Journal

      01:29 | 12:45 le journal | 14 décembre 2009

    • Avocat pour animaux

      "Non à une bureaucratie coûteuse et superflue", prônent les opposants | 07 mars 2010

    • Avocat pour animaux

      "Non à une bureaucratie coûteuse et superflue", prônent les opposants | 16 février 2010

    • 7 mars

      Un comité interpartis appelle à voter "oui" à un avocat pour les animaux | 16 février 2010

    en lien avec ce sujet

    • Le comité d'initiative "contre les mauvais traitements envers les animaux"

    • Le comité "NON à l'initiative inutile instituant un avocat pour les animaux"

    • Le dossier explicatif de la Confédération

    • L'émission Infrarouge du 2 février sur l'avocat des animaux

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