Modifié le 28 juin 2010

La prostituée Grisélidis Réal a été inhumée

La dépouille de l'écrivaine prostituée a été transférée au "panthéon" genevois.
La dépouille de l'écrivaine prostituée a été transférée au "panthéon" genevois. [Keystone]
Grisélidis Réal, célèbre prostituée et femme de lettres, a été inhumée lundi au Cimetière des Rois. Plus de 200 personnes ont assisté à la cérémonie, en présence de la famille, du conseiller administratif de la ville de Genève Patrice Mugny et de plusieurs défenseurs des droits des travailleurs du sexe.

Décédée en 2005 à l'âge de 76 ans, Grisélidis Réal, peintre,
écrivain et prostituée, repose désormais à 15 mètres de la tombe du
réformateur Jean Calvin. Elle rejoint également l'écrivain argentin
José Luis Borges, le psychologue de l'enfance Jean Piaget,
l'écrivain François Simon, du radical James Fazy ou les anciens
conseillers d'Etat genevois.





L'ensevelissement de Grisélidis Real, figure de proue de la lutte
pour les droits et la reconnaissance des travailleuses du sexe, au
Panthéon genevois avait suscité la polémique à Genève, notamment
auprès de certaines féministes et jusque dans les rangs des
prostituées.





Décédée d'un cancer, Grisélidis Réal avait dans un premier temps
été enterrée au cimetière du Petit-Saconnex. Son voeux était d'être
inhumée au cimetière des Rois. «Elle tenait à ce que sa pierre
tombale mentionne: écrivain, peintre et prostituée», a relevé son
fils aîné, Igor Schimek, au moment de l'inhumation.

Un combat toujours d'actualité

«Elle avait elle-même souhaité être enterrée au cimetière des
Rois, son voeu est exaucé», a rappelé le magistrat Patrice Mugny
lors de l'hommage rendu dans la chapelle bondée. Le conseiller
administratif, instigateur du transfert aux Rois, a loué le combat
de la «catin révolutionnaire» pour les droits des personnes
prostituées.





Des politiciens, des représentants de la culture et des
prostituées étaient présentes pour lui rendre hommage. «C'est grâce
à elle que j'ai appris à ne plus avoir honte, elle m'a retiré le
masque de l'infamie», a témoigné Sonia Verstappen, une
péripatéticienne belge, devant une assistance émue.





«Grisélidis continue à nourrir notre engagement pour la
reconnaissance des droits fondamentaux des travailleuses et
travailleurs du sexe», a renchéri Marie-Jo Glardon, coordinatrice
d'Aspasie, l'association fondée par Grisélidis Réal. «Son combat
est toujours d'actualité.»





L'écrivain et journaliste français Jean-Luc Hennig, ami de
Grisélidis, a relevé l'ironie de la voir côtoyer Jean Calvin. Elle
s'en était pris au réformateur dans ses écrits, estimant qu'il
avait «châtré les désirs» des hommes, a-t-il rappelé.

Polémique ou non

En aparté, Patrice Mugny a nié que le transfert de la célèbre
prostituée au cimetière des Rois ait soulevé une véritable
polémique. Seules trois dames, dont deux anciennes politiciennes
socialistes, se sont élevées contre cette décision. Elles estiment
que d'autres femmes offrent un meilleur exemple et méritent
davantage cet honneur.





«Le Conseil administratif ne fait en aucun cas l'apologie de la
prostitution», souligne l'élu écologiste. C'est son «humanisme
militant» qui est mis en avant.





ats/bri

Publié le 09 mars 2009 - Modifié le 28 juin 2010

Figure de la littérature romande

Née à Lausanne en 1929, Grisélidis Réal s'est fait connaître par ses écrits et est une figure de la littérature romande.

Elle est célèbre pour avoir fait de son expérience la matière de ses livres. Elle y défend, sans compassion, sa conception d'une prostitution libérée de tous les tabous et donnant à voir notre misère sexuelle commune.

On lui doit notamment le roman autobiographique "Le noir est une couleur" (1974) et le "Carnet de bal d'une courtisane", oeuvres dans lesquelles la "catin révolutionnaire" dénonce l'hypocrisie d'une société qui condamne la prostitution tout en y ayant recours.

Divorcée, mère de quatre enfants, cette diplômée en arts commence au début des années 60 à se prostituer en Allemagne avant de devenir le fer de lance des mouvements de prostituées françaises.

Elle s'est par la suite installée à Genève, où elle a fondé en 1982 avec des consoeurs un centre international de documentation sur la prostitution et une association genevoise d'aide aux prostituées baptisée Aspasie. En 2001, elle s'était présentée aux élections du Grand Conseil genevois sur la liste de l'Action citoyenne.

Grisélidis Réal est décédée en mai 2005.