Publié le 18 février 2016 - Modifié le 18 février 2016

L'achat de données sur la santé des employés, une réalité aux Etats-Unis

Avec le "big data", certains employeurs américains peuvent être au courant des problèmes de dos de leurs employés sans que ces derniers ne leur en aient jamais parlé.
Avec le "big data", certains employeurs américains peuvent être au courant des problèmes de dos de leurs employés sans que ces derniers ne leur en aient jamais parlé. [AFP]
Des employeurs américains mandatent des sociétés spécialisées dans le "bien-être en entreprise" pour prédire les besoins médicaux de leurs employés, révèle le Wall Street Journal.

De plus en plus de firmes américaines, dont le géant de la grande distribution Wal-Mart, font appel aux services de sociétés spécialisées dans le bien-être en entreprise ("employee wellness firms"), a expliqué le quotidien économique mercredi.

Les objectifs affichés sont plutôt louables : améliorer la santé générale des employés, et contenir l'augmentation des coûts d'assurance-maladie. Là où le sujet devient sensible, c'est que pour cibler au mieux les besoins des uns et des autres, les prestataires collectent et croisent une multitude de données personnelles émanant principalement des assureurs.

Diabète et grossesses peuvent être prédits

A partir des niveaux de glucose, ils sont par exemple en mesure d'indiquer à un employeur lesquels de ses employés présentent des prédispositions pour le diabète.

Pour prédire les grossesses des employées, un de ces sous-traitants a récemment lancé un système qui scanne toutes les demandes de remboursements auprès des assurances-maladie, afin de savoir quelles femmes ont arrêté de se faire rembourser leur contraception. Croisées avec leur âge, ces données peuvent les aider à estimer la probabilité d'un congé maternité.

Le Wall Street Journal cite encore le cas de la chirurgie dorsale, une intervention très coûteuse que les employeurs cherchent à éviter. Selon le quotidien, Wal-Mart a mandaté une entreprise pour identifier ses employés sujets au mal de dos. Ces personnes ont ensuite reçu des conseils pour repousser voire annuler l'opération, et ont été réorientées vers des physiothérapeutes.

Menace sur la vie privée

Les employés doivent donner leur accord à un tel usage de leurs données personnelles, et ces dernières ne doivent normalement pas être communiquées telles quelles aux employeurs.

Ce qui n'empêche pas les défenseurs de la vie privée de s'alarmer. Selon eux, ces pratiques sont trop récentes pour que les personnes concernées soient vraiment conscientes des enjeux.

Ils craignent qu'en s'impliquant davantage dans le bien-être des salariés, les employeurs finissent par tomber sur des données médicales réellement sensibles et s'en servent pour décider de l'avenir d'un employé dans l'entreprise.

>> A écouter aussi: le sujet d'On en parle sur les risques que la cybersanté pose pour le secret médical:

L'informatisation des données médicales est en cours.
On en parle - Publié le 18 février 2016
 

ptur

Des indicateurs inattendus

Pour prédire les futurs problèmes de santé des employés, certaines entreprises cherchent aussi à savoir où elles font leurs courses (plutôt magasins de sport ou magasins de jeux vidéo?), leur niveau d'endettement (quand on est très endetté, la probabilité est plus grande d'être mal soigné) et même... leurs pratiques électorales -il semblerait que les abstentionnistes tendent à être en moins bonne santé que les personnes qui votent.