Modifié le 12 janvier 2018

Près de 780 arrestations en Tunisie depuis le déclenchement des troubles

Manifestation à Tunis contre la hausse des prix, le 12 janvier 2018.
Manifestation à Tunis contre la hausse des prix, le 12 janvier 2018. [Zoubeir Souissi - reuters]
Près de 780 personnes ont été arrêtées en Tunisie depuis le déclenchement lundi des troubles sociaux alimentés par des mesures d'austérité, a indiqué vendredi le ministère de l'Intérieur. Les politiciens se renvoient la balle.

Le mouvement "Fech Nestannew" ("Qu'est-ce qu'on attend"), qui a lancé en début d'année la contestation contre la hausse des prix, a appelé à une nouvelle mobilisation vendredi dans le centre de Tunis.

L'armée a annoncé avoir déployé des hommes pour protéger les principaux bâtiments publics et gouvernementaux.

Quelques dizaines de membres du Front populaire (FP), un parti de gauche, manifestaient vendredi matin devant le tribunal de Gafsa, dans le sud du pays, après l'arrestation la veille de deux responsables locaux du parti et d'un responsable syndical accusés d'incitation aux troubles.

Selon le porte-parole du ministère de l'Intérieur, aucun acte de violence, de vol ou de pillage n'a été enregistré dans la nuit de jeudi à vendredi, après trois nuits consécutives de troubles. Il a affirmé sur la radio privée Mosaïque FM que les heurts entre jeunes et policiers avaient été "limités" et "sans gravité".

Il a toutefois ajouté que 151 personnes impliquées dans des actes de violence ont été arrêtées jeudi, portant le total des arrestations à 778 depuis lundi. En outre, quelque 70 policiers ont été blessés depuis lundi, selon le ministère de l'Intérieur.

Protestation à Tebourba, à 30 kilomètres à l'ouest de Tunis, le 9 janvier 2018. Protestation à Tebourba, à 30 kilomètres à l'ouest de Tunis, le 9 janvier 2018. [STR - Keystone]

Des émeutes "organisées"

Face à ses tensions, les politiciens ont commencé à se renvoyer la responsabilité. Le ministre des Domaines de l'Etat Mabrouk Korchid, qui s'exprimait également sur Mosaïque FM, a déclaré vendredi que selon les premiers éléments de l'enquête, les émeutes ont été organisées.

"Plusieurs données prouvent que l'objectif était de former un réseau criminel afin de s'en prendre aux institutions de l'Etat et de semer la pagaille", affirme le ministre. Ce dernier précise que les actes de vandalisme et de grabuge ont eu lieu dans les différentes régions du territoire d'une manière simultanée.

Le Premier ministre Youssef Chahed a d'emblée accusé le Front populaire, opposé à la loi de finances, d'orchestrer des violences qui servent, selon lui, "les intérêts des réseaux de corruption pour affaiblir l'Etat".

De son côté, le parti de gauche a réfuté les accusations du gouvernement, à travers la voix du député Ahmed Seddik sur les ondes de Shems FM. "Nous ne souhaitons pas voir le pays sombrer dans le chaos", a-t-il déclaré, en pointant du doigt les sympathisants du mouvement islamiste Ennahda, précisant que "ces individus incitent sur leur pages Facebook à commettre des actes de violence".

D'où vient le mouvement "Fech Nestannew"?

Le mouvement "Fech Nestannew" a été fondé par des activistes indépendants, d'anciens blogueurs actifs durant les révoltes de 2011 ou encore des membres de partis de gauche, comme le Front populaire ou des syndicats étudiants.

Henda Chennaoui, journaliste indépendante et porte-parole de ce mouvement, explique, sur rfi Afrique, que cette protestation vise essentiellement à abroger la nouvelle loi de finances 2018, en vigueur de puis le 1er janvier, "qui impose des mesures d'austérité et vise les plus pauvres".

La date symbolique du 3 janvier pour le lancement de cette campagne de protestation n'a pas été choisie au hasard, puisqu'elle symbolise la commémoration des émeutes du pain de 1984, où des dizaines de manifestants avaient trouvé la mort.

Manifestation à Tunis, le 12 janvier 2018. Manifestation à Tunis, le 12 janvier 2018. [Zoubeir Souissi - reuters]

Le mois de janvier est souvent marqué par une mobilisation sociale en Tunisie depuis la révolte de 2011. Le contexte est particulièrement tendu cette année à l'approche des premières élections municipales de l'"après-révolution", plusieurs fois reportées et prévues en mai.

"Personnellement, je vois plutôt cela comme la continuité de la révolution" de 2011, conclut Henda Chennaoui.

fme avec agences

Publié le 12 janvier 2018 - Modifié le 12 janvier 2018

Une nuit plutôt calme

A Siliana, une ville du nord-ouest, des dizaines de jeunes ont jeté des pierres durant environ trois heures dans la nuit de jeudi à vendredi sur des agents des forces de sécurité qui ont riposté par des tirs de gaz lacrymogènes.

La situation est en revanche restée calme à Kasserine, Thala et à Sidi Bouzid, dans le centre défavorisé du pays, ainsi qu'à Tebourba, ville à 30 km à l'ouest de la capitale, marquée par de nombreuses manifestations et heurts ces derniers jours, où un protestataire avait trouvé la mort dans la nuit de lundi.

La banlieue de Tunis est aussi restée calme dans la nuit de jeudi à vendredi.