Modifié le 26 septembre 2017

Les opérations chirurgicales pour combattre l'obésité ont triplé en dix ans

Le nombre d'opérations chirurgicales pratiquées pour lutter contre l'obésité a plus que triplé (+232%) au cours des dix dernières années en Suisse. A l'inverse, l'anneau gastrique est délaissé en raison des complications qu'il engendre.

Evanice Marques a le sourire. "L'obésité est un problème que l'on peut résoudre désormais", raconte la femme de 43 ans dans le 19h30 lundi. Il y a un an et demi, elle a été opérée via un bypass gastrique. Alors qu'elle avait dépassé la barre des 110 kilos, elle n'en pèse plus que 68 aujourd'hui.

>> Le témoignage d'Evanice Marques dans le 19h30:

En Suisse, les opérations contre l'obésité se multiplient
19h30 - Publié le 25 septembre 2017

La chirurgie de l'obésité, dite bariatrique, est en pleine expansion. L'année dernière, plus de 5000 opérations ont été effectuées, selon les chiffres de la Société suisse d'étude de la mortalité liée à l'obésité et des troubles du métabolisme (Smob). Un nombre en constante augmentation.

L'anneau, "assassin" de la masse musculaire

L'opération la plus demandée est le bypass gastrique. C'est celle qu'a choisie Evanice Marques. Il s'agit d'une intervention lourde, qui consiste à sectionner la partie supérieure de l'estomac pour ne garder qu'une petite poche, reliée directement à une portion de l'intestin grêle. Plus de 4000 bypass gastriques ont été pratiqués en Suisse en 2016, deux fois plus que cinq ans plus tôt (+113%).

Moins lourd que le bypass, le "sleeve" retire les deux tiers de l'estomac qui, une fois sa taille réduite, est ensuite recousu avec des agrafes. La sensation de satiété est plus vite atteinte. Entre 2011 et 2016, le nombre de chirurgies de ce type a presque quintuplé en Suisse (+387%).

En revanche, l'anneau gastrique, opération pionnière, est boudée par les patients. "L'anneau s'est révélé être un assassin de la masse musculaire", explique Renward Hauser, le président de la Smob. Le chirurgien ajoute: "Il détruit l'action motrice de l'oesophage."

Un marché à plus de 100 millions

En Suisse, les coûts directs et indirects des maladies en lien avec l'obésité et le surpoids étaient estimés à 7,990 milliards de francs en 2012, parmi lesquels 50 millions concernaient les interventions chirurgicales, selon une étude commandée par l'Observatoire suisse de la santé (Obsan). Au vu de la forte augmentation du nombre d'opérations, le marché de la chirurgie bariatrique dépasserait aujourd'hui les 100 millions de francs, un des experts mandatés par l'Obsan donnant une fourchette de "94 millions à 151 millions" pour l'année 2016.

Le prix varie selon le type d'opération: il oscille entre 15'000 à 20'000 francs pour un "sleeve" et entre 30'000 et 40'000 francs pour les bypass gastriques, selon les spécialistes. Avant de passer à l'acte, les patients doivent tenter des traitements "classiques", comme les régimes alimentaires, pendant deux ans. L'opération est ensuite prise en charge par l'assurance-maladie pour ceux dont l'indice de masse corporelle (IMC) est supérieur à 35.

Pratique normalisée

Anneau gastrique excepté, comment expliquer la popularité de la chirurgie bariatrique? L'obésité a progressé dans le pays, touchant plus de 10% de la population suisse en 2012. Mais le phénomène ne constitue qu'une partie de la réponse.

J'ai recommencé tout de suite à travailler

Evanice Marques, opérée via un bypass gastrique il y a un an et demi.

"L'expérience, la diminution du temps de l'opération, qui est passé de quatre heures à une heure parfois, ainsi que la réduction des complications ont amené davantage de patients à demander une aide chirurgicale", note Renward Hauser de la Smob. "J'ai recommencé tout de suite à travailler", se rappelle Evanice Marques. Sans oublier les résultats: les pertes de poids enregistrées dans les années suivant l'opération sont bien plus importantes qu'avec les méthodes "classiques".

>> Les explications du professeur Alain Golay:

Opérations contre l'obésité: les explications du professeur Golay
19h30 - Publié le 25 septembre 2017
 

Théo Allegrezza, avec Stéphanie Jaquet

Publié le 25 septembre 2017 - Modifié le 26 septembre 2017