Modifié le 06 avril 2018

Les résultats des podomètres et autres capteurs imprécis "entre 10% et 50%"

"Quantified self": interview de Dominique Sprumont (vidéo), professeur en droit de la santé (UNINE)
"Quantified self": interview de Dominique Sprumont (vidéo), professeur en droit de la santé (UNINE) La Matinale / 8 min. / le 06 avril 2018
Les podomètres et autres capteurs ou compteurs de calories "sont imprécis", selon le professeur en droit de la santé Dominique Sprumont. Une étude avance toutefois leur efficacité en termes de prévention.

"Des études récentes démontrent que les appareils d'auto-mesure sont imprécis", avec une marge d'erreur qui peut varier "entre 10% et 50%", estime Dominique Sprumont, professeur en droit de la santé à l'Université de Neuchâtel et vice-directeur de l'Ecole suisse de santé publique, invité vendredi de La Matinale de la RTS. Pour lui, "on est dans le flou total d'un point de vue scientifique".

Une étude de la Fondation pour l'évaluation des choix technologiques, TA-Suisse évoque pourtant l'efficacité de ces instruments en termes de prévention et l'incitation à des comportements plus sains, mais aussi pour proposer des traitements personnalisés aux patients.

Dominique Sprumont reconnaît le "plaisir ou le besoin" que peuvent avoir certaines personnes "à se mesurer à elles-même", en calculant par exemple leur nombre de pas quotidien.

Mais il est plus critique sur les fonctions permettant de donner le rythme cardiaque ou la pression artérielle. "La fiabilité n'est pas démontrée. Ce sont des appareils qui ne sont pas certifiés ni contrôlés de la même manière que les dispositifs médicaux. Ce que l'on en sait, c'est que le fabricant nous annonce".

Protection des données

Il fait part d'un "grand scepticisme par rapport aux caisses maladie qui sont en train d'inciter leurs assurés" à utiliser ces objets connectés, problématiques notamment au niveau de la protection des données.

"Les applications proposées sont américaines et sont en violation des règles de protection, il n'y a aucun contrôle sur ce qui est fait ensuite avec ces données. C'est très très inquiétant, surtout lorsque ce sont des organismes parapublics qui l'incitent", réagit-il. A ses yeux, "la législation n'est pas encore à la page".

Dominique Sprumont regrette également la "stratégie commerciale" opérée par les assureurs, qui favoriserait "la chasse aux bons risques". "Il est clair que vous faites beaucoup moins de pas avec un tintébin", ironise-t-il.

>> Lire: L'app' santé d'Helsana accusée de favoriser la "chasse aux bons risques"

Rembourser les capteurs efficaces et rentables?

Reste que l'étude TA-Suisse plaide pour un renforcement des voies de recours, mais aussi pour que les capteurs efficaces et rentables soient pris en charge par la LaMal. Pour Dominique Sprumont, "c'est le début de la fin".

"Nous bénéficions déjà sur le marché de dispositifs médicaux très utiles, par exemple pour les diabétiques qui doivent contrôler leur taux d'insuline. Pour eux, c'est une amélioration de leur prise en charge d'être connectés avec leurs médecins, l'hôpital, le laboratoire... Ce qui est problématique, c'est de proposer le remboursement de prestations qui sont pas validées scientifiquement et pas contrôlées du point de vue du droit du patient", tranche-t-il.

Propos recueillis par Coralie Claude

Adaptation web: Jessica Vial

Publié le 06 avril 2018 - Modifié le 06 avril 2018