Modifié le 08 novembre 2017

"Il faut se préparer à mourir pour mieux apprendre à vivre"

Gian Domenico Borasio, chef du service de soins palliatifs du CHUV.
L'invité du 12h30 L'invité du 12h30 / 11 min. / le 08 novembre 2017
Trop peu de gens pensent à leur mort et osent la préparer, déplore Gian Domenico Borasio, professeur ordinaire de médecine palliative et chef de service au CHUV, et auteur d'ouvrages sur la fin de vie.

"Il y a un côté très dangereux" dans le fait de rendre la mort taboue, estime Gian Domenico Borasio, invité mercredi du 12h30 de La Première.

"On se retrouve dans des situations où l'on est plus en mesure de décider, et nos proches se retrouvent à prendre des décisions difficiles sans connaissance de cause", déplore l'auteur de plusieurs ouvrages sur la fin de vie, dont le récent "L'autonomie en fin de vie: le débat allemand. Des pistes pour la Suisse un enjeu pour nous tous", publié aux Presses polytechniques romandes.

Avec les progrès en médecine (...), on a un peu mis de côté le fait indubitable que l'on va tous mourir un jour.

Gian Domenico Borasio, professeur ordinaire de médecine palliative au et chef de service au CHUV
Le spécialiste des soins palliatifs reconnaît que la médecine actuelle a pu jouer un rôle dans la construction de ce tabou. "Avec les progrès incroyables en médecine ces dernières décennies, on a un peu mis de côté le fait indubitable que l'on va tous mourir un jour... pourtant, c'est ça qui donne du sens à notre vie!".

Des décès qui "nous ouvrent les yeux"

"Etre confronté à la mort de façon quotidienne, comme lors du travail aux soins palliatifs, c'est un incroyable cadeau", renchérit Gian Domenico Borasio. Il souligne que les patients qu'il côtoie lui "apprennent à vivre. "Ce ne sont pas les vivants qui ferment les yeux des mourants, mais les mourants qui ouvrent les yeux des vivants", cite encore le médecin. 

Mais, concrètement, comment peut-on se préparer à la mort? "Il faut commencer à s'informer, parler... parler... parler... avec les gens qui nous sont chers. Quels sont leurs souhaits, leurs craintes par rapport à nous? Quelles décisions doivent-ils prendre si nous n'en sommes plus capables?". Gian Domenico Borasio évoque aussi la rédaction de directives anticipées.

Prévenir la souffrance

Gian Domenico Borasio donne encore le chiffre de 1000 décès par an au CHUV, soit environ trois par jour. "Il faut renforcer les soins à domicile, la possibilité de décéder à la maison... c'est ce que tout le monde souhaite, mais actuellement, seul un petit 15% peut le faire".

Il précise aussi que "90% de personnes décéderont de maladies chroniques", soit des "décès attendus", qui permettent une certaine "prévention de la souffrance".

Propos recueillis par Nadine Haltiner

jvia

Publié le 08 novembre 2017 - Modifié le 08 novembre 2017