Modifié le 27 janvier 2017

Cinq marques de yoghourts probiotiques testées inefficaces pour la digestion

Les promesses des produits probiotiques sont-elles tenues?
Yogourts probiotiques: efficacité contestée On en parle / 8 min. / le 27 janvier 2017
Cinq marques de yoghourts probiotiques, censés favoriser la digestion, ont reçu l’autorisation d’afficher des promesses santé sur leurs emballages. Or, ils sont sans effet, selon un test commandé par On en parle.

Les produits Nestlé LC1, Emmi Aktifit, Migros Bifidus, Danone Activia et Yakult ont reçu le droit d'afficher ces promesses sur la base de preuves scientifiques fournies à l’Office fédéral de la sécurité alimentaire (OSAV).

"Contribue au confort digestif en réduisant le temps de transit et les ballonnements", assure par exemple Activia de Danone. Toutes les marques annoncent des effets bénéfiques sur la digestion, les flatulences ou encore la qualité des selles.

Mortalité des germes élevée

Pourtant, le test d'un laboratoire spécialisé lausannois auquel On en parle a confié les yoghourts et boissons lactées a montré que plus de 99.9% des germes probiotiques (bifidus et autres lactobacillus) ne survivent pas aux sucs gastriques dans l'estomac. Ils n’ont donc pas d'effet au moment de leur passage dans l'intestin, là où ils seraient censés coloniser la flore bactérienne.

Le test a prouvé que tous les yoghourts contiennent bien les germes probiotiques promis. Mais ceux-ci n'ont un effet bénéfique pour la santé que s'ils arrivent vivants dans l'intestin. Or, leur mortalité est presque totale au moment d'entrer dans la phase d'absorption intestinale. Résultat: il faudrait manger non pas un mais dix mille yoghourts par jour pour recevoir la quantité de probiotiques vivants annoncée.

Des preuves scientifiques discutées

L'OSAV délivre ces autorisations uniquement sur la base des études fournies par les fabricants eux-mêmes. Il a confirmé à On en parle qu'il n'effectuait aucune autre étude sur ces produits avant de les approuver.

Beaucoup d’allégations reposent finalement sur une évidence scientifique qui est insuffisante.

Roger Darioli, professeur au CHUV, vice-président de la société suisse de nutrition et président de l'Association Européenne pour la promotion de la santé

La méthodologie de ces preuves scientifiques interroge. "Ce sont de petits nombres, vous avez dix personnes, vingt personnes… donc ça ne veut rien dire (...) Et plus on remonte dans le temps, moins les études ont de la validité, parce qu’il y avait des biais méthodologiques importants", explique le professeur du CHUV Roger Darioli, vice-président de la Société suisse de nutrition et président de l'Association européenne pour la promotion de la santé.

Il souligne que les résultats des études les plus récentes sont très contradictoires. "On n'a pas d'évidence suffisante en l'état actuel pour prouver qu'il y a un effet bénéfique, quelles que soient les pathologies", conclut-il.

>> Lire: Les réponses des fabricants à l'enquête d'On en parle

Yves-Alain Cornu/jvia

>> Sujet développé dans On en Parle sur RTS La Première à 8h35 et dans Patti Chiari sur RSI La1 à 21h05

Publié le 27 janvier 2017 - Modifié le 27 janvier 2017