Modifié le 20 juin 2016

Le couple infernal de la tique et de la maladie de Lyme chronique

Ma vie brisée par une tique
Ma vie brisée par une tique Mise au Point / 14 min. / le 19 juin 2016
Les tiques sont de retour et menacent de transmettre plusieurs maladies, dont la borréliose de Lyme. Mise au Point a traqué une affection qui peut déboucher sur des cas chroniques, très compliqués à détecter et à traiter, ce qui entraîne des problèmes de prise en charge par les assurances.

La forme simple de la maladie de Lyme est bien connue. Le premier signe est souvent une inflammation locale de la peau, l'"érythème migrant", qui apparaît quelques jours après la piqûre, généralement accompagné de symptômes grippaux. Un traitement antibiotique est recommandé.

Mais parfois la bactérie n'est pas détectée ou résiste. Elle se camoufle alors dans l'organisme et contamine le système nerveux central. Si la maladie n’est pas diagnostiquée et traitée à temps, des lésions peuvent persister toute la vie (arthrose, atrophie cutanée, troubles de la personnalité). L'Office fédéral de la santé publique précise que le diagnostic de la borréliose est difficile, les tests de laboratoire étant peu fiables au premier stade de la maladie.

Diagnostic et prise en charge compliqués

L'établissement d'un diagnostic peut donc prendre beaucoup de temps et les fausses pistes (troubles bipolaires, schizophrénie, sclérose en plaques...) ne sont pas rares. Les moyens de traiter la forme chronique de la maladie ne sont pas non plus clairement établis. Autant de complications qui entraînent des problèmes de prise en charge par les assurances. A commencer par l’assurance accident, puisqu'une piqûre de tique est bien considérée comme un accident.

Si les médecins ne savent plus où aller, on ne peut pas mettre la faute sur les caisses maladie

Daniel Wiedmer, Santésuisse

Les assurances pertes de gains refusent parfois de payer en raison d'erreurs de diagnostic. Du coup, c'est en principe la Caisse nationale suisse d'assurance en cas d'accidents (SUVA) qui doit prendre en charge ces cas. Mais elle indique qu'elle doit pouvoir déterminer s'il s'agit d'une maladie de Lyme sur la base de "recommandations scientifiques" avant de prendre une décision.

Du côté de la faîtière des assureurs maladie Santésuisse, Daniel Wiedmer explique que "si les médecins ne savent plus où aller, on ne peut pas mettre la faute sur les caisses maladie". "Peut-être demain ou après-demain on trouvera des solutions ou des liens de causalité qui permettront de mieux prendre en charge ces personnes", ajoute-t-il.

Quels traitements?

Au niveau de la prise en charge médicale, certains médecins, notamment aux Etats-Unis, recommandent un traitement antibiotique de longue durée. Or sur son site, l'OFSP déconseille un tel protocole pour contrer les formes chroniques de la maladie de Lyme. "Faute de preuves suffisantes de son efficacité, des effets indésirables qu'il peut entraîner et de son coût, ce traitement ne peut être recommandé", conclut un rapport de la Division des maladies infectieuses.

L'Office fédéral de la santé publique estime qu'en Suisse, environ 10'000 personnes contractent chaque année une borréliose. Mais il est impossible de savoir combien de personnes sont réellement touchées par la forme chronique de la maladie de Lyme.

>> Retrouvez aussi l'enquête de CQFD sur la borréliose  et ses conséquences

Une tique.
CQFD - Publié le 29 avril 2013

La prévention, premier réflexe

Contrairement à l'encéphalite à tiques, il n'existe pas de vaccin contre la borréliose. Pour l’instant, la seule solution efficace à 100% cet été est de suivre les recommandations de base pour éviter de se faire piquer, à commencer par celle de porter des habits couvrants.

A noter qu'une application développée par la Haute école zurichoise des sciences appliquées (ZHAW) aide à prévenir et traiter correctement les piqûres de tiques. Cette application contient notamment une carte des dangers ainsi qu'une marche à suivre.

>> Lire aussi: Une application aide à gérer les piqûres de tiques

La bactérie Borrelia Burgdorferi à l'origine de la maladie est présente dans toute les zones où des tiques sont établies. (voir carte ci-dessous).

>> La carte des zones où se trouvent les tiques en Suisse (zeckenliga.ch)

La carte des zones où se trouvent les tiques en Suisse.
La carte des zones où se trouvent les tiques en Suisse. [Ligue suisse des personnes atteintes de maladies à tiques]

Les tiques vivent dans les  forêts de feuillus dont les sous-bois sont riches en herbes, arbustes et buissons et sont présentes dans toute la Suisse en nombre plus ou moins important jusqu'à environ 1500 mètres d'altitude. Au total, 5 à 30 % (jusqu'à 50% par endroits) des tiques sont infectées par Borrelia Burgdorferi.

Bernard Genier/Caryl Bussy

Publié le 19 juin 2016 - Modifié le 20 juin 2016