Modifié le 02 mars 2016

Le risque de développer une schizophrénie est supérieur en ville

Schizophrénie: être citadin renforce les chances d'être victime de la pathologie
Schizophrénie: être citadin renforce les chances d'être victime de la pathologie 19h30 / 3 min. / le 01 mars 2016
Vivre en ville double le risque de développer une schizophrénie. Les années vécues en milieu urbain pendant l'enfance jouent un rôle important. Une vaste étude est financée en Suisse pour comprendre ce phénomène.

La schizophrénie touche une personne sur 100. Si les processus neurobiologiques sont encore mal compris, c'est dans l'environnement que l'on cherche aussi des pistes, apprend-on lors des 13èmes journées de la schizophrénie, qui se tiennent cette semaine à l'EPFL.

Plusieurs psychoses, dont la schizophrénie, sont effectivement deux fois plus fréquentes en milieu urbain que dans des régions où la densité de la population est faible.

Aussi, plus le nombre d'années vécues en milieu urbain pendant l'enfance et l'adolescence est élevé, plus le risque de développer une schizophrénie est grand. Vivre en ville est donc en soi un facteur de risque.

Stress urbain

Les facteurs de risques, auxquels la population est plus exposée en ville, ont été éliminés de l'étude, comme par exemple, le cannabis, les difficultés sociales, ou le chômage.

Il reste néanmoins un élément propre au fait de vivre en milieu urbain et que l'on n'explique pas encore à ce jour, indique le professeur Philippe Conus, chef du service de psychiatrie du CHUV: "On l'appelle le stress urbain, sans vraiment trop savoir ce que cela fait sur le cerveau"

Etude financée par le Fonds national suisse

Pour comprendre le lien entre milieu urbain et psychose, une équipe pluridisciplinaire composée de psychiatres et de géographes mènent une vaste étude financée par le Fonds national suisse (FNS). Des patients sont filmés lors d'un parcours en ville. Leurs réactions sont ensuite analysées.

Elio, atteint de schizophrénie, a participé à cette étude. Il témoigne: "Je dois changer de rue tous les 5 ou 10 mètres, j'évite les endroits où il y a de la population, les routes  principales, j'essaie de faire tout ce que je dois faire en un minimum de temps et en passant par des endroits où je ne suis pas vu."

Dès que je sors de chez moi et que je suis en contact avec la société, j'ai des crises d'angoisses

Elio, atteint de schizophrénie
 

Trois facteurs de stress

Il existe trois facteurs de stress principaux explique Olà Södertröm, professeur en géographie à l'Université de Neuchâtel: "Le premier est la densité de population, le fait d'être confronté à la foule. Le deuxième facteur est la stimulation sensorielle, le fait d'être agressé par des bruits, d'être en contact tactile avec des personnes. Le troisième facteur, ce sont les relations sociales, le fait d'être confronté et de devoir gérer la diversité des relations possibles."

Alors que la moitié de la population mondiale vit en ville, la compréhension du stress urbain est devenu un enjeu immense pour la société.

Magali Rochat/fme

Publié le 01 mars 2016 - Modifié le 02 mars 2016