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    • > Antarctique: la conquête du pôle Sud a 100 ans
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    Antarctique: la conquête du pôle Sud a 100 ans

    14.12.2011 11:14
    Cette photographie est la seule connue montrant l'expédition d'Amundsen à l'emplacement du pôle Sud. [National library of Australia - Keystone]
    Cette photographie est la seule connue montrant l'expédition d'Amundsen à l'emplacement du pôle Sud. [National library of Australia - Keystone]
    Il y a 100 ans, dans une page légendaire de l'Histoire polaire, l'explorateur norvégien Roald Amundsen remportait la course au pôle Sud à l'issue d'un duel épique et mortel avec le britannique Robert Falcon Scott.

    C'est le 14 décembre 1911, à la veille de la Première Guerre mondiale, dans une période troublée par la montée des nationalismes, qu'Amundsen plante le premier, avec ses quatre coéquipiers, un drapeau au point le plus austral du globe. Sa victoire sur l'officier de marine anglais est celle du Scandinave pragmatique et futé sur le gentleman courageux mais borné.

    Amundsen visait le Nord

    Sur une planète déjà largement parcourue, chacun des deux explorateurs rêvait de conquérir "son" pôle: le Norvégien convoitait le Nord, l'Anglais le Sud. Les Britanniques piqués au vif "Je ne connais pas d'homme qui se soit un jour trouvé à un endroit aussi diamétralement opposé à l'objet de ses désirs que je l'étais à ce moment-là", écrira d'ailleurs Amundsen au sujet de son exploit.

    Ce sont en fait les circonstances qui le conduisent dans l'Antarctique. En pleins préparatifs pour rallier le pôle Nord, il apprend que les Américains Frederick Cook et Robert Peary disent chacun avoir conquis le septentrion. Des affirmations hautement controversées mais qui le persuadent de se trouver un nouvel horizon.

    En août 1910, il met cap au Sud. En catimini. Ce n'est qu'en octobre que Scott lit ce télégramme qui l'attend en Australie: "Prends liberté vous informer Fram fait route vers Antarctique. Amundsen". Les Britanniques, qui ont fait de la conquête du pôle une affaire de prestige, sont piqués au vif. La course est lancée...

    Des chiens pour repas

    Les deux expéditions touchent l'île-continent en janvier. Les premiers mois sont consacrés à tester le matériel et à mettre en place des dépôts de vivres le long des itinéraires prévus. Passé l'hiver austral, son obscurité totale et ses températures glaciales, Amundsen, qui a placé son camp de base plus près du pôle, s'élance le premier le 20 octobre.

    Ayant eu le loisir d'observer longuement les Esquimaux lors de sa traversée historique du Passage du Nord-Ouest (1903-06), il en a tiré de précieux enseignements tels que l'importance des chiens de traîneau et la supériorité de la peau de caribou sur les vêtements en laine. Pour gagner en mobilité, les traîneaux ont été méthodiquement allégés et les skis - une pratique où les Norvégiens excellent rabotés. Véloces, les chiens sont aussi comestibles: sur les 52 canidés qui prennent le départ, beaucoup seront sacrifiés et finiront dans les gamelles.

    "Cet endroit est horrible"

    En face, les Anglais sont venus avec "l'artillerie lourde", trop lourde: en plus de chiens, ils ont deux traîneaux motorisés qui tomberont rapidement en panne et des poneys inadaptés qui seront abattus. Partie le 1er novembre, l'expédition de Scott progresse très difficilement. Faute de moyens de traction appropriés, ce sont les hommes qui tirent les lourds attelages dans des conditions météo déplorables.

    Le 16 janvier 1912, alors qu'ils sont tout près du but, c'est le coup de massue. Les cinq Britanniques découvrent des traces de traîneaux. Amundsen les a précédés! Le lendemain, quand ils atteignent le pôle un bon mois après leurs rivaux, ils trouvent une tente surmontée d'un drapeau norvégien. "Mon Dieu, cet endroit est horrible", écrit l'Anglais dans son journal.

    Un héros et des morts

    Le retour est un chemin de croix par des températures tombant jusqu'à -42°C. Très affaibli, un premier homme trépasse. Puis un autre, les orteils rongés par la gangrène, quitte le groupe pour affronter une mort certaine. Pris dans un blizzard épouvantable, les trois survivants sont piégés dans leur tente, gelés et affamés, à moins de 18 km du prochain dépôt de vivres.

    La dernière entrée dans le journal de Scott date du 29 mars. Cela fait alors déjà plus de trois semaines qu'Amundsen a regagné la Tasmanie d'où il a pu annoncer son exploit au monde.

    Pour les Norvégiens, qui n'ont obtenu l'indépendance de la Suède que quelques années plus tôt, il est un véritable héros national. En 1926, Amundsen parvient enfin au pôle Nord en dirigeable. Il meurt deux ans plus tard dans son cher Arctique dans l'accident d'un hydravion français parti porter secours à l'explorateur italien Umberto Nobile.

    Les corps du "perdant magnifique" Scott, également un héros dans son pays, et de ses infortunés coéquipiers seront, eux, retrouvés en novembre 1912.

    ats/vkiss

    L'exploit célébré sur place

    Le Premier ministre norvégien et quelques centaines de personnes, scientifiques et aventuriers, ont célébré mercredi au pôle Sud la conquête, il y a 100 ans, du point le plus austral de la planète. Cette cérémonie a été l'occasion de tirer l'alarme sur les effets du changement climatique.

    "Nous sommes ici pour célébrer un des exploits les plus impressionnants de l'humanité", a déclaré le Premier ministre norvégien Jens Stoltenberg, le second chef de gouvernement de l'histoire à se rendre au pôle Sud après la Néo-Zélandaise Helen Clark, qui s'y était rendue en 2007. "Et nous sommes ici pour souligner l'importance de ce continent glacial dans le travail visant à comprendre le réchauffement de la planète", a-t-il dit sous les regards des chercheurs de l'énorme base américaine Amundsen-Scott qui se trouve aujourd'hui à proximité immédiate du pôle Sud géographique.

    Au cours de la brève cérémonie, Jens Stoltenberg a, comme Roald Amundsen, planté le drapeau norvégien dans la glace et dévoilé une statue de glace de l'illustre explorateur.

    L'infortuné officier britannique Robert Falcon Scott et ses hommes n'ont pas été oubliés. "Ils ont payé le prix ultime et leurs noms resteront à jamais inscrits dans l'histoire polaire", a dit Jens Stoltenberg en saluant leur "bravoure", leur "courage" et leur "détermination à atteindre l'un des endroits les plus inhospitaliers sur Terre".

    Roald Amundsen

    Fils d’armateur, Amundsen avait entamé sans conviction des études de médecine, avant de décider de vivre pleinement sa passion pour la mer et surtout les Pôles. Après avoir travaillé sur un baleinier et hiverné en Antarctique, il rassemble ses économies et son héritage, s’endette lourdement et achète le Gjöa, un solide bateau de pêche de 21 mètres. Avec six compagnons et cinq ans de vivres à bord, il largue discrètement les amarres le 16 juin 1903. Cap sur le Groenland où il achète des chiens. Le 20 août il franchit le "Lancaster Sound", sans encombre.

    Amundsen mettra tout de même trois ans pour franchir le passage du Nord-Ouest. Il profite de ses hivernages pour apprendre des Inuits comment pêcher, chasser et survivre dans la nature hostile du Grand Nord. Contrairement à ses prédécesseurs, il n’a pas d’autres ambitions que l’aventure et l’exploration polaire. C’est sans doute grâce à cette brûlante passion qu’il réussit à concrétiser un rêve vieux de quatre siècles, avant de réaliser le sien: la découverte des Pôles.

    Il sera le premier à débarquer au Pôle Sud, à la tête d’une expédition et sans doute à survoler le Pôle Nord en dirigeable, au milieu des polémiques des vivats. C’est en voulant secourir son concurrent, l’Italien Umberto Nobile, qu’il trouvera la mort, en avion, sur la banquise du Spitzberg, en 1928.

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