Publié le 11 juin 2018

L'expulsion d'une famille bosniaque suscite l'émoi à Lausanne

Vaud: renvoi controversé d'une femme et de deux enfants alors que le père est hospitalisé
Vaud: renvoi controversé d'une femme et de deux enfants alors que le père est hospitalisé 19h30 / 1 min. / le 11 juin 2018
A Lausanne, le renvoi fin mai d'une famille de requérants déboutés bosniaques fait réagir. L'opération policière a été menée alors que le père était hospitalisé. Le Grand Conseil vaudois devra évoquer l'affaire.

Originaires de Bosnie-Herzégovine, la mère et ses deux enfants ont été réveillés dans la nuit du 22 au 23 mai par la police cantonale dans leur appartement de Prilly, selon le récit qu'ils en ont fait à des associations de défense de requérants.

Les forces de l'ordre auraient refusé à la mère d'appeler son mari, hospitalisé pour des problèmes psychiatriques à Cery. Emmenés à l'aéroport, les trois membres de la famille ont été placés dans un vol spécial pour Sarajevo. Le père a finalement été averti par une des enseignantes de ses enfants.

"Ce qui me révolte le plus, c'est la façon si brutale utilisée pour nous séparer", raconte au 19h30 de la RTS Reuf Ikanovic, le père de famille. "Maintenant ils sont là-bas, alors que moi je suis ici. C'est extrêmement difficile."

Les professionnels de la santé critiques

Intervention en pleine nuit, sans interprète, mère et enfant séparés lors du trajet en voiture: l'opération a choqué les associations de défense de requérants et au-delà. Fait rare, des professionnels de la santé sont sortis de leur réserve. Dans la presse, ils ont dénoncé un renvoi brutal de ces requérants déboutés.

En Suisse depuis neuf ans, la mère a vécu le massacre de Srebrenica en 1995, où elle a perdu son premier époux. Toute la famille revit désormais un traumatisme, selon la psychothérapeute du père. "Il y a plusieurs raisons à mon opposition", explique Sabina Herdic Schindler. "La première est la non-considération de l'avis médical, qui est de plus en plus fréquente dans ce genre de situation malheureusement."

"Aucune marge de manoeuvre"

De son côté, le canton de Vaud rejette les critiques. "Les autorités cantonales sont tenues d'exécuter les décisions de renvoi prononcées par les autorités fédérales (...), elles ne disposent d'aucune marge de manoeuvre à cet égard", indique le canton à la RTS.

"Par ailleurs, le parcours médical de l'administré est systématiquement pris en compte dans les décisions du SEM (Secrétariat d'Etat aux migrations, ndlr) et du TAF (Tribunal administratif fédéral, ndlr) qui regarde l'exigibilité du retour", ajoutent les autorités.

Le dossier fera encore des vagues ces prochaines semaines. Le Grand Conseil évoquera mardi ce renvoi controversé. Et sur le plan juridique, un recours est en préparation afin de réunir la famille en Suisse.

Reportage: Patrick Le Fort

Adaptation web: tmun

Publié le 11 juin 2018