Modifié le 30 avril 2018

Le harcèlement de rue, une forme de "menace invisible"

La lutte contre le harcèlement de rue s'intensifie à Lausanne
La lutte contre le harcèlement de rue s'intensifie à Lausanne 19h30 / 2 min. / le 30 avril 2018
La Ville de Lausanne a lancé lundi une nouvelle campagne de sensibilisation au harcèlement de rue. L'occasion de faire le point sur ce phénomène qui, selon une étude, concerne plus de 70% des Lausannoises de 16 à 35 ans.

Selon une enquête menée en 2016 par les autorités de la ville de Lausanne, plus de 7 Lausannoises sur 10 âgées de 16 à 35 ans disent avoir déjà été victimes de harcèlement de rue. La lutte contre cette problématique est devenue une priorité pour la Municipalité, qui a lancé lundi une nouvelle campagne de sensibilisation (voir encadré).

Comment identifier une situation de harcèlement dans l'espace public? Comment réagir? Les réponses de Yolande Gerber, adjointe à l’Observatoire de la sécurité de Lausanne, qui a collaboré à la réalisation de l'enquête lausannoise.

RTSinfo: Qu'est-ce que le harcèlement de rue? En quoi se distingue-t-il de la drague?

Yolande Gerber: Le harcèlement de rue renvoie au harcèlement sexiste et/ou sexuel subi principalement par des femmes, mais aussi par les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres et intersexes (LGBTI), et exercé par des inconnus dans les lieux publics.

Il désigne des comportements consistant à interpeller des personnes, verbalement ou non, en leur envoyant des messages intimidants, insistants, irrespectueux, humiliants, menaçants ou insultants, en raison de leur sexe, de leur genre ou de leur orientation sexuelle réelle ou supposée.

Le terme "harcèlement de rue" ne doit pas être entendu au sens littéral, puisqu’il renvoie aussi au harcèlement dans d’autres lieux que la rue, tels que les transports publics, les bars et discothèques. Il se distingue de la drague par le manque de respect de la personne, la non prise en compte de son refus et de ses réactions.

RTSinfo: Comment se manifeste-t-il?

Yolande Gerber: Le harcèlement de rue revêt une grande variété de formes. Il comprend, entre autres, les regards insistants, les sifflements, les commentaires sur le physique ou la tenue vestimentaire, le fait d’être suivi(e) par un inconnu, les frottements, les avances sexuelles et les attouchements. Certaines de ses manifestations sont punissables par loi, d’autres non (voir plus bas).

L’enquête menée à Lausanne indique que le harcèlement de rue se passe généralement la nuit, sur le trajet ou dans les lieux publics de sorties nocturnes. Les lieux de harcèlement les plus fréquemment cités sont les parcs ou la rue, suivis des bars, restaurants et discothèques ainsi que la gare CFF.

Le harcèlement de rue rend les lieux publics inhospitaliers et désécurisants pour les personnes qui en sont victimes.

Yolande Gerber, adjointe à l’Observatoire de la sécurité de Lausanne

RTSinfo: Existe-t-il un profil type de harceleur?

Yolande Gerber: Il n'existe pas un profil type d’auteurs de harcèlement de rue, même si l’on suppose qu’il est essentiellement commis par des hommes. Ces phénomènes touchent a priori tous les milieux socio-économiques. Dans l’enquête lausannoise, toutes les victimes ont indiqué que les auteurs étaient, selon elles, des hommes, pour la plupart âgés entre 25 et 35 ans, agissant le plus souvent en groupe.

RTSinfo: Quel impact le harcèlement de rue peut-il avoir sur les victimes?

Ces comportements sont souvent subis de manière répétée, ils rendent les lieux publics inhospitaliers et désécurisants pour les personnes qui en sont victimes, à savoir en général les femmes et les personnes LGBTI.

Le rapport-préavis présenté en décembre 2017 note que "le caractère répétitif de ces manifestations (...) peut s’apparenter à une forme de 'menace invisible'. (...) Les personnes appartenant aux groupes vulnérables vont souvent adapter leurs comportements et développer des stratégies pour éviter de telles confrontations, comme par exemple renoncer à certaines tenues vestimentaires ou modifier leurs trajets et heures de déplacement."

RTSinfo: Quels outils une victime a-t-elle à sa disposition?

Yolande Gerber: Si la victime se sent suffisamment en sécurité, elle peut dire clairement à la personne de cesser son comportement. Elle peut également demander de l'aide aux personnes à proximité ou par téléphone ou encore signaler le problème au personnel éventuellement présent (conducteur-trice de bus, personnel de bar, employé-e-s de l'administration, par ex.). Selon son appréciation de la situation et en cas de danger, elle ne doit pas hésiter à appeler la Police (117).

Le harcèlement de rue en tant que tel n’est pas réprimé en Suisse, mais certaines de ses manifestations constituent des infractions pénales. Les victimes peuvent porter plainte en cas d’injures, voies de fait (gifle par ex.) et attouchements (voir les articles articles 198, 126 et 177 du Code pénal).

La Municipalité de Lausanne souhaite simplifier le signalement des cas par le biais d’un outil informatique simple, par exemple via un formulaire. Cette proposition se concrétisera dans le courant de l’année 2018. Actuellement, le harcèlement de rue n’est que très marginalement rapporté à la police: à Lausanne, seules une dizaine de plaintes relatives à l’article 198 CP (Contraventions contre l’intégrité sexuelle) sont déposées chaque année.

>> Voir aussi les explications de Léonore Porchet, députée écologiste vaudoise, dans le 19h30:

Harcèlement de rue: les explications de Léonore Porchet, députée les Verts, VD
19h30 - Publié le 30 avril 2018

Propos recueillis par Pauline Turuban

Publié le 30 avril 2018 - Modifié le 30 avril 2018

Une nouvelle campagne pour "ringardiser" le harcèlement de rue à Lausanne

Avec sa nouvelle campagne de sensibilisation lancée lundi, la Ville de Lausanne affirme que le harcèlement de rue doit appartenir au passé.

Le principal vecteur de la campagne est un clip de deux minutes montrant une visite guidée par l'humoriste et animateur radio Yann Marguet dans un "Musée du harcèlement de rue (MdHR)" totalement fictif.



La vidéo a l'ambition de viser un large public. Auteurs, victimes, témoins, citoyens lambda, tous doivent pouvoir s'identifier. "Si on arrive à mettre une situation dans laquelle les gens se sont retrouvés un jour, soit en tant qu'auteur soit en tant que victime, en rigolant un peu (...), ça permet peut-être (...) de réfléchir", commente Yann Marguet auprès de la RTS.

Pierre-Antoine Hildbrand, directeur de la Sécurité et de l’Economie, explique pour sa part que l'humour est le "meilleur choix" pour s'adresser aux harceleurs. "Avec un message-choc, personne ne se reconnaît", estime-t-il.

Parallèlement à la campagne visuelle, Lausanne entend effectuer un travail de fond avec la distribution d'un dépliant livrant des informations et des conseils. La campagne comporte aussi un volet de prévention et de sensibilisation dans les écoles et une formation destinée à l'ensemble des acteurs "pour mieux entendre les victimes, mieux répertorier le phénomène et pour agir lorsque l'on est témoin d'un tel comportement", détaille Pierre-Antoine Hildbrand.