Mise à jour le 25 janvier 2013

Un an après la faillite, le dossier Neuchâtel Xamax n'est pas clos

Revue Xamax

Revue Xamax [DR]

Le club de football Neuchâtel Xamax a fait faillite il y a un an dans des circonstances rocambolesques. Aujourd'hui, la justice n'a toujours pas terminé son enquête, a appris la RTS.

Il y a un an, Neuchâtel Xamax disparaissait de la carte footballistique du pays. Le 26 janvier 2012, le club déposait son bilan et, dans la foulée, la justice en prononçait la faillite. Quelques jours plus tôt, le 18 janvier, la Swiss Football League avait donné le premier coup de grâce, en retirant leur licence de jeu aux "Rouge & Noir".

Immédiatement après le dépôt de bilan, la justice genevoise avait incarcéré le président tchétchène du club, Bulat Chagaev. Après quatre mois de détention préventive, il avait été libéré sous caution, pour une assignation à domicile dans la villa de son épouse à Saint-Sulpice (VD).

Montant de la débâcle pas défini

Aujourd'hui, c'est l'incompréhension et l'impatience qui dominent car la faillite n'est toujours pas bouclée, et le montant total du désastre toujours pas défini, même si on s’attend généralement à un trou dont la profondeur oscillerait entre 30 et 35 millions de francs.

Bulat Chagaev

Bulat Chagaev [Sandro Campardo - KEYSTONE]

De plus, après un an d'instruction et la mobilisation de deux procureurs, la justice n'a toujours pas achevé son enquête. Interrogé à ce sujet, le procureur Yanis Callandret explique qu'"une justice la plus rapide n’est pas toujours la meilleure, et dans ce genre d'affaires, il est difficile de pouvoir très rapidement synthétiser les faits et les comprendre, et les autorités judiciaires et policières font leur maximum avec les moyens qu'elles ont à disposition".

Sans compter que la justice neuchâteloise a dû viser des centaines de classeurs fédéraux et pointer tous les contrats passés entre le club et ses multiples partenaires et prestataires.

Refus de répondre à la justice

En outre, Bulat Chagaev s'est muré dans son silence lors de ses auditions, comme l’explique Yanis Callandret : "La procédure donne le droit au prévenu de refuser de répondre. Monsieur Chagaev a été entendu par la police et le ministère public et, lors de ces auditions, il a fait valoir ce droit".

Selon nos informations, l'Office des faillites devrait terminer son travail dans les semaines à venir, ce qui permettra à la justice d’avancer également dans ses démarches. L'instruction pourrait s'achever cette année encore. Autrement dit, on ne verra pas Bulat Chagaev dans un tribunal avant 2014.

Olivier Kurth

Rencontre avec Bulat Chagaev

Assigné à résidence, Bulat Chagaev refuse pour l'instant toute interview filmée. Mais, mardi 22 janvier, il a longuement reçu, Agathe Duparc de la RTS dans sa villa de St Sulpice, acceptant de raconter dans quel état d’esprit il était.

Le Tchétchène n’a pas changé de ligne de défense : il dit toujours être victime d'un complot. Il réfute le fait d'être le seul responsable d'un trou de 35 millions de francs, concédant tout au plus une dette de 1,8million de francs pour le non paiement de deux mois de salaires aux joueurs.

Il précise qu'il n’a nullement l'intention de quitter la Suisse, mais veut au contraire veut se battre jusqu'au bout pour faire la preuve de son innocence. Bulat Chagaev raconte ainsi que deux jours avant son arrestation, quelqu'un l’avait prévenu. Son avocat de l'époque lui avait conseillé de quitter sans tarder la Suisse, ce qu'il avait refusé ne craignant pas d’affronter la justice.

Pour sa défense, l'ancien propriétaire du Xamax évoque un rapport d’audit effectué par une fiduciaire neuchâteloise et qui indique qu'au 30 juin 2011 – soit un mois après le rachat par le Tchétchène – Xamax avait déjà des dettes de plusieurs millions. La RTS a pu se procurer ce document qui est également entre les mains de la justice et qui ouvre une bataille des chiffres.

L'homme d’affaire dit ne plus avoir aucune activité en Suisse. Ses quatre sociétés sont à l'arrêt, mais existent toujours. Plus aucune banque suisse ne souhaite l'avoir comme client.

Il confie qu'il est ainsi obligé de payer ses impôts et ses charges en cash. D'où vient cet argent? Bulat Chagaev refuse de répondre, ironisant sur le fait que les Suisses ne semblent pas se préoccuper de l’origine de ces fonds.