Modifié lundi à 08:47

La presse suisse estime que Moutier a pris une décision cohérente

Le vote historique de dimanche à Moutier, qui a choisi le canton du Jura, a fait la Une de la presse romande lundi.
Le vote historique de dimanche à Moutier, qui a choisi le canton du Jura, a fait la Une de la presse romande lundi. [RTS]
Si la décision de Moutier (BE) d'accepter dimanche de rejoindre le canton du Jura est "cohérente", elle n'en demeure pas moins "un dimanche noir" pour le Jura bernois, estime la presse suisse lundi. Il faut maintenant que ses "habitants divisés se donnent la main".

A l'instar de nombreux journaux, le Quotidien Jurassien estime que la décision de Moutier, prise à 51,72%, de rejoindre le canton du Jura est "cohérente". "Il aurait été paradoxal qu'une ville portée par les autonomistes depuis plus d'une génération renonce à franchir le seuil de la maison jurassienne, dont elle a été tenue à l'écart lors des sous plébiscites des années septante", explique le rédacteur en chef du quotidien dans une tribune intitulée "Bienvenue chez vous, frères prévôtois".

Correction d'une erreur historique selon L'Express et L'Impartial

Il s'agit même d'une "correction d'une erreur historique", affirment L'Express et L'Impartial. Si "les larmes avaient coulé, côté autonomiste, après les plébiscites des années 1974-1975 qui avaient fait exploser l'unité du Jura", "43 ans après, elles sont devenues des larmes de joie", écrivent les journaux neuchâtelois en décrivant les scènes de joie dimanche dans la cité prévôtoise.

La Question jurassienne est-elle pour autant réglée? se demandent-ils encore. "Probablement pas", répondent-ils. "En changeant de canton, Moutier bouleverse de facto tout l'équilibre régional dans l'arc jurassien".

Le Journal du Jura parle d'un dimanche noir

Car il s'agit bien d'un "dimanche noir pour le Jura bernois", estime Le Journal du Jura. "Les vainqueurs d’hier, qui n’ont jamais eu véritablement conscience d’appartenir à cette entité, n’en auront forcément cure". Il souligne qu'une "longue période de flou artistique se prépare" d'ici au transfert, probablement en 2021, "qui ne fera pas que des gagnants".

Le quotidien appelle la "partie restée fidèle à Berne à ne pas s'entre-déchirer pour récupérer les institutions prévôtoises appelées à être relocalisées". Il préconise aussi une unité sans faille "pour défendre avec acharnement son pré carré" face à ceux, en terre alémanique, prêt à "remettre en cause les privilèges accordés au Jura bernois".

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Le vote n'a également pas fait que des heureux à Moutier, remarque La Liberté, dont le commentaire est repris par Le Courrier. La commune sort divisée de ce scrutin: "49% des votants voulaient rester bernois". Le journal fribourgeois se demande comment les 7700 habitants de la cité pourront désormais vivre ensemble, notamment après les "invectives" de la campagne électorale. "Quatre recours ont été déposés auprès du préfet du Jura bernois pour contester le vote", note-t-il encore.

"Et le 17 septembre, les villages de Belprahon (BE) et de Sorvilier (BE) doivent se prononcer à leur tour" sur leur appartenance cantonale. En cas de "oui", "le flot des passions politiques qui a jailli dans la cité baignée par la Birse sera loin de se calmer", juge La Liberté.

Au Jura de tenir ses engagements dit Le Temps

Chaque camp doit désormais tenir ses engagements, espère Le Temps. Il rappelle que, "pour séduire cette fiancée tant désirée, les autorités jurassiennes ont fait de multiples promesses". Il faut également, ajoute le journal lémanique, "assurer, en dialogue avec les autorités bernoises, une transition douce et permettant d'éviter l'insécurité juridique et financière".

C'est à ce prix seulement, et "une fois les votes des communes de Belprahon et Sorvilier passés", que "le plus jeune des cantons suisses" pourra "se libérer de l'héritage unique, mais aussi contraignant, de la lutte jurassienne".

Une grande ville dans un petit canton selon Le Matin

"Au canton du Jura, qui a beaucoup promis aux Prévôtois, de se montrer à la hauteur de ce vote historique", abondent La Tribune de Genève et 24 Heures. Après "une campagne parfois très dure", "l'heure de la réconciliation a sonné", martèlent les journaux lémaniques. Les antiséparatistes doivent se rendre au verdict de la majorité. "Toute autre attitude ne serait pas comprise du reste du pays, pour qui la Question jurassienne fait déjà partie du passé".

Pour Le Matin, Moutier "a choisi d'être une grande ville dans un petit canton". Cela "fera du bien au Jura". "La cité prévôtoise distillera son enthousiasme dans un canton qui s'est progressivement normalisé", lui permettant de retrouver du "mordant".

ats/jc

Publié lundi à 07:42 - Modifié lundi à 08:47

Un réflexe historique et identitaire, pour la presse alémanique

La presse alémanique a relevé le caractère historique et identitaire du vote, qui ont davantage pesé que les arguments financiers. Elle a ainsi souligné l'importance du "coeur" dans cette décision.

"Le coeur a décidé", écrit l'Aargauerzeitung. "Le coeur a gagné", selon la Neue Zurcher Zeitung.

"Adieu Moutier, comme c'est dommage", dit - en français - le commentaire du TagesAnzeiger et du Bund, qui parle de "Brexit à la jurassienne". Un réflexe fréquemment observé dans le monde globalisé, mais "pas forcément justifié", estime l'éditorialiste. "Berne est tout sauf une puissance coloniale arrogante, Berne est un lieu où il fait bon vivre, notamment grâce à son bilinguisme", estime-t-il.

Pour la Luzernerzeitung, la séparation de Berne avec sa plus grande commune francophone est "forcément une perte". "Mais Berne, cette petite Suisse miniature, ne doit surtout pas perdre son caractère de canton bilingue, qui construit un pont entre Suisse romande et alémanique".

De son côté, la Bernerzeitung considère ce vote comme "regrettable" pour le canton de Berne... mais également une comme une chance: débarrassé de la Question jurassienne, il sera peut-être plus facile pour le canton de mettre en valeur sa minorité francophone et de promouvoir le bilinguisme.