Publié le 13 février 2015

"Je n'ai pas touché un franc, je n'ai rien, je me débrouille"

La pelleteuse avant l'explosion.
JU: cinq ans après l'explosion chimique de la décharge de Bonfol, une victime témoigne 19h30 / 3 min. / le 13 février 2015
Grièvement blessé lors d'une explosion sur le site de décontamination de Bonfol (JU) en 2010, un ouvrier témoigne pour la première fois au micro de la RTS, estimant qu'il n'a pas été soutenu par ses employeurs.

Juillet 2010 à la décharge chimique de Bonfol (JU), une explosion secoue le chantier de décontamination, soulevant une pelleteuse de 35 tonnes.

Aux commandes, un mécanicien français est grièvement blessé. Contrairement à ce qui était recommandé, les vitres de la cabine ne sont pas blindées et l'homme est asphyxié par les poussières toxiques.

Près de cinq ans plus tard et alors qu'il se bat toujours en justice pour obtenir des dédommagements, Sébastien Bernand témoigne pour la première fois au micro de la RTS.

Un lourd traitement

Sébastien Bernand se souvient de l'accident, du fait qu'il n'a pas été secouru rapidement et de la panique qui a suivi sur le chantier. Après quatre longues minutes, il a pu sortir avec peine de la halle détruite. Soulagés de le voir en vie, ses chefs l'ont fait conduire à l'hôpital de Porrentruy. Mais il y a un risque de contamination du service des urgences, celui-ci est fermé et les patients sont évacués vers Delémont.

Quant à Sébastien, il ne sait toujours pas s'il a été empoisonné et par quoi. Il souffre depuis d'un choc post-traumatique."Psychologiquement, ça m'a détruit. Pendant près de trois ans, j'étais sous traitement médicamenteux très lourd", avoue-t-il.

Une situation mal gérée

Licencié trois mois après l'accident par l'entreprise temporaire qui l'employait, Sébastien Bernand estime qu'on l'a laissé tomber (voir ci-contre).

"Je n'ai pas touché un franc, je n'ai rien, je me débrouille… Ce sont des gens qui sont dans leur tour tout en haut, alors pourquoi un petit frontalier viendrait changer tout ça. Ils s'en foutent, ils s'en foutent de moi, de ma famille de mes amis, ils s'en foutent de tout ça. Ils s'en foutent de détruire une personne, ce n'est pas grave, ça ne les empêchera pas de gagner des milliards", déplore l'ancien employé.

Jean-Daniel Bohnenblust/boi

Publié le 13 février 2015

No comment de la BCI

Pour Sébastien Bernand, la BCI, société qui représente les compagnies chimiques et pharmaceutiques, a très mal géré l'accident.

Contactée par la RTS, elle a fait savoir qu'elle ne souhaitait pas s'exprimer sur le dossier, tant que la procédure était en cours.