Modifié lundi à 20:38

Le troisième procès d'Erwin Sperisen s'est ouvert à Genève

Erwin Sperisen: troisième procès à Genève
Erwin Sperisen: troisième procès à Genève 19h30 / 2 min. / lundi à 19:30
Le troisième procès d'Erwin Sperisen s'est ouvert lundi à Genève. L'ancien chef de la police nationale du Guatemala, qui doit répondre de 10 assassinats, a annoncé qu'il ne s'exprimera pas durant les débats.

"Tout ce que j'avais à dire, je l'ai déjà dit et vous pouvez vous référer à mes déclarations précédentes", a relevé le prévenu, qui plaide l'acquittement.

"Lors des auditions, le Ministère public m'a traité comme un homme en fuite alors que j'avais montré ma disponibilité à collaborer", a ajouté le colosse de 47 ans.

L'interrogatoire d'Erwin Sperisen s'est résumé à ces brèves déclarations. Face au silence de l'accusé, la présidente du tribunal a décidé de suspendre les débats qui reprendront mardi avec l'audition de deux enquêteurs ayant travaillé pour la Commission internationale contre l'impunité au Guatemala (CICIG).

Un ajout qui a énervé

Lundi matin, le premier procureur Yves Bertossa avait suscité l'ire de la défense avec sa proposition d'ajouter aux accusations d'assassinats celles d'assassinats par omission au cas où la participation directe et indirecte d'Erwin Sperisen aux exécutions de prisonniers ne pourrait être solidement prouvée.

Il s'agit d'une modification complète des faits reprochés à Erwin Sperisen, s'est insurgé l'avocat du prévenu Giorgio Campa. Il a rappelé que l'arrêt du Tribunal fédéral qui a ordonné la tenue d'un nouveau procès, car le précédent avait violé le droit d'être entendu d'Erwin Sperisen, a fixé les limites des débats.

Le champ libre laissé au commando?

Yves Bertossa a rappelé que l'arrêt du Tribunal fédéral a retenu que les sept détenus morts pendant la reprise en main par les forces de sécurité du pénitencier guatémaltèque de Pavon, en 2006, ont bien été exécutés. "Il s'agissait d'homicides planifiés dans le cadre d'une opération parallèle" réunissant des proches d'Erwin Sperisen.

En tant que patron de la police, Erwin Sperisen a été partie prenante des circonstances qui ont permis le passage à l'acte, a poursuivi le premier procureur. Il a aussi discuté avec les hommes du commando chargés des exécutions et leur a laissé le champ libre. De même, il a permis que les scènes de crimes soient manipulées.

La défense insiste qu'une fusillade a éclaté lors de l'assaut des forces de sécurité contre le pénitencier. La police a dû affronter des prisonniers armés qui avaient pris le contrôle de l'établissement et y menaient toutes sortes d'activités criminelles.

La Chambre pénale d'appel et de révision de Genève a finalement rejeté la demande du Ministère public d'inclure les assassinats par omission dans l'acte d'accusation. Elle a réservé le même sort aux demandes d'audition de différents témoins requises par la défense.

ats/boi/tmun

Publié le 11 avril 2018 - Modifié lundi à 20:38

L'affaire Sperisen

Erwin Sperisen a dirigé la police nationale du Guatemala entre 2004 et 2007. Venu se réfugier en Suisse, il a été accusé d'avoir pris part à l'exécution extrajudiciaire de dix détenus en 2005 et 2006.

Double national suisse et guatémaltèque, il a été condamné deux fois par la justice genevoise à une peine de privation de liberté à vie.

Le Tribunal fédéral a cependant cassé cette condamnation et demandé la tenue d'un nouveau procès. Il a souligné les insuffisances de la motivation du verdict en relevant notamment diverses violations du droit d'être entendu.

Erwin Sperisen a été remis en liberté provisoire fin septembre après cinq ans de détention préventive passés dans la prison genevoise de Champ-Dollon.