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La mère de Fabrice A: "J’aime mon fils mais je ne veux plus avoir affaire à lui"

Mère de tueur
Mère de tueur Mise au Point / 14 min. / dimanche à 20:13
Alors que le nouveau procès de son fils s’ouvrira au mois de mai, la mère de Fabrice A., le meurtrier d'Adeline, a choisi de sortir de son silence. Pour la RTS, elle témoigne de son choix de couper les ponts avec lui.

La mère de Fabrice A. n'a pas revu son fils depuis la fin de son procès, en octobre 2016.

"Je veux tourner la page. J’ai trop pris sur moi, j’ai trop pleuré et trop souffert. Je ne veux pas oublier ce drame et le mal qu'il a fait à toutes les autres femmes. Mais moi, maintenant, je ne veux plus m’investir et surtout, je ne veux plus le voir", a-t-elle déclaré lors d'un entretien à Mise au point, sous couvert d'anonymat et dans un lieu neutre.

Pendant des années, la mère du criminel a fait le tour des prisons, en France puis en Suisse, et a tenté de soutenir de son mieux celui qui restait son fils, par des allers-retours, des colis et des lettres.

Sentiment de trahison

Elle dit avoir acheté les journaux qui parlaient du drame. "Je les rangeais parce que je n'y arrivais pas...pendant des mois et des mois, je n'ai pas pu les lire", relate-t-elle.

Mais en les ouvrant, elle découvre ce que son fils raconte de son enfance, ce qu'il dit d’elle aux psychiatres: il dresse le portrait d'une mère maltraitante, despotique, mégalomane.

"Cela a fait comme un volcan en moi. Je suis allée le voir, je lui ai dit que je n’ai jamais été cette mère décrite avec autant de mensonges, d'horreurs. Je n'ai jamais été Folcoche. Je crois que c'est un pas qu'il n'aurait jamais dû franchir, parce que ça a vraiment cassé le lien filial", témoigne-t-elle.

Aucun aveu

Se sent-elle responsable? "Non. Mais je ne pouvais pas m’imaginer avoir un enfant, un fils qui ait autant de violence en lui, autant de mal en lui (...) Lui seul est responsable de cet acte. Il faut qu’il assume ça (...) et c’est ce qu'il ne veut pas".

Je suis une mère coupée en deux.

La mère de Fabrice A., meurtrier d'Adeline

Elle raconte qu'à chaque visite, elle a tenté d'interroger son fils sur ses crimes, ses viols, puis son meurtre. En vain. La mère doit se contenter d’un récit superficiel sur le quotidien d’une prison.

"Je n’ai jamais obtenu d’aveu de sa part (...) Il nie, ou il ne ne parle pas", regrette-t-elle.

"Je n'ai pas mis au monde un monstre"

"Un jour, Fabrice m’a écrit une lettre en me disant: dis-moi si je suis un monstre? Et moi je lui ai répondu non, je n’ai pas mis au monde un monstre. Le monstre, il est venu après!", explique la mère du criminel.

L’amour d’une mère n'est pas quelque chose qu'on peut anéantir, mais je peux prendre la décision de ne plus souffrir.

La mère de Fabrice A.

"C'est mon fils, mais c'est un fils violeur, tueur, menteur. Aujourd'hui, je peux le dire. Avant, je ne pouvais pas, parce qu'il faut du temps pour assimiler tout ce qu'il a fait", ajoute-t-elle.

"J’aime mon fils mais je ne veux plus avoir affaire à lui. C'est fini (...). Pour le peu de temps qu'il me reste à vivre, je veux en profiter maintenant", conclut-elle.

Béatrice Guelpa/jvia

Publié dimanche à 21:59 - Modifié lundi à 06:37

Le procès repartira de zéro

Adeline, une sociothérapeute qui travaillait dans la structure de réinsertion des détenus dangereux de la Pâquerette, situé dans la prison genevoise de Champ-Dollon, avait été égorgée par Fabrice A. alors qu'elle l'accompagnait au cours d'une sortie thérapeutique le 12 septembre 2013.

Le premier procès de Fabrice A. avait été suspendu en octobre 2016 lorsque le tribunal avait ordonné une troisième expertise psychiatrique de l'accusé, en plus des deux autres expertises déjà à disposition. La Chambre pénale de recours avait estimé qu'en agissant de la sorte, les juges avaient donné l'impression d'un parti pris.

Les magistrats ont été révoqués et de nouveaux juges ont été désignés en vue d'un nouveau procès, qui débutera le 15 mai.