Modifié le 29 novembre 2012

La famille Khrapunov visée par une enquête pour blanchiment à Genève

Le Kazakhstan réclame l'extradition de Viktor Khrapunov, ancien maire de la ville d'Almaty
Viktor Khrapunov, ancien maire de la ville d'Almaty, est installé à Genève depuis 2007. [DR]
Le ministère public genevois a ouvert une procédure pour blanchiment contre la famille Khrapunov, domiciliée à Genève, a appris la RTS. Confiée au procureur Jean-Bernard Schmid, l'enquête porte sur l'origine des fonds investis en Suisse par la famille kazakhe.

Des comptes ont été séquestrés au Credit Suisse et à la Schroder & CO bank, et de la documentation bancaire saisie. Installés à Genève depuis des années et bien intégrés, les Khrapunov vont devoir s'expliquer sur l'origine de leur fortune, estimée à plus de 300 millions de francs. Il s'agira, pour la justice genevoise, de déterminer si la famille s'est enrichie illégalement ou non.

Le ministère public agit sur la base d'une demande d'entraide judiciaire envoyée ce printemps à la Suisse par les autorités kazakhes. Ce document, en russe, que la RTS a pu se procurer, détaille la manière dont Viktor Khrapunov, ancien maire d'Almaty de 1997 à 2004 aurait usé de ses fonctions pour permettre à son épouse Leila de s'enrichir.

"Plus de 70 terrains et bâtiments appartenant à la République du Kazakhstan ont été accaparés par Viktor Khrapunov (...) Le bénéfice fait sur ces transactions atteint 250 millions de dollars" lit-on dans ce document.

Le fils Khrapunov est aussi visé

Viktor Khrapunov, ancien maire d'Almaty (la capitale économique du Kazakhstan) est arrivé en Suisse en 2007 avec son épouse Leila, une femme d’affaires prospère. Leur fils, Ilyas, 27 ans, membre du PDC genevois et promoteur immobilier, est également visé par l'enquête. Il s'est fait connaître avec son projet d'aménagement de Genève-Plage, aujourd'hui abandonné.

Sa société Swiss Development Group multiplie les projets immobiliers de luxe dans toute la Suisse: Hôtel Du Parc au Mont-Pèlerin, résidence de luxe à Leukerbad et à Saas-Fee.

Le procureur Jean-Bernard Schmid devrait bientôt entendre Viktor Khrapunov. Ce dernier n’a pas souhaité s'exprimer aujourd'hui.

Transferts de fonds sur le compte de la fille

Dans la commission rogatoire kazakhe figurent plusieurs exemples très documentés. En 2001, les bâtiments d'un jardin d'enfants ont été privatisés. Alors maire d'Almaty, Viktor Khrapunov aurait permis à la société "KazReallncom" -  proche de son épouse Leila – de remporter les enchères pour l'équivalent de 336'934 francs suisses. En 2003, Mme Khrapunov aurait revendu ce bien pour 13,4 millions de francs, sans y avoir fait les investissements promis, affirme la justice kazakhe.

Ces millions auraient été transférés entre 2003 et 2007 sur les comptes à Genève d'Elvira, la fille Khrapunov, au Credit Suisse et à la Schroder & Co Banque SA.

En juillet 2011, le Kazakhstan avait lancé un mandat d’arrêt, via Interpol, contre Viktor Khrapunov. La Suisse n'avait cependant pas reçu de demande d’extradition.

Une fortune familiale "bâtie par Leila Khrapunov"

La famille kazakhe rejette toutes les accusations. Elle explique être victime de la vengeance politique de Noursoultan Nazarbaïev, et sa famille, et se range dans la catégorie des "opposants politiques".

"Le pouvoir a lancé des poursuites contre moi, pour me faire peur et que pour que je me taise. Au Kazakhstan la justice est aux ordres du pouvoir", avait confié Viktor Khrapunov, à la RTS en juin dernier. "Des gens comme moi qui connaissent bien la manière dont la famille Nazarbaïev s'est enrichie, cela les inquiète", ajoutait-il.

L'ancien haut fonctionnaire explique que la fortune familiale a été bâtie par sa femme, Leila Khrapunov. Cette "business woman visionnaire", comme le proclame son site Internet a créé la première télévision privée du pays, puis s'est lancée avec grand succès dans l'immobilier et les produits de luxe.

Rupture consommée avec le président Nazarbaïev

Longtemps fidèle au régime de Nazarbaïev, Viktor Khrapunov est tombé en disgrâce en 2007, contraint de quitter le pays, officiellement "pour raisons de santé".

Quand leur fils Ilyas épouse Madina, la fille du milliardaire Mukhtar Abliazov, alors principal opposant de Nazarbaïev et réfugié à Londres, la rupture avec le pouvoir est consommée.

Agathe Duparc, rubrique enquêtes de l’Actu

Publié le 29 novembre 2012 - Modifié le 29 novembre 2012