Modifié mercredi à 17:39

Violé durant des années par un prêtre, un Fribourgeois pardonne et témoigne

Daniel Pittet avec le pape François à Rome en 2015.
Daniel Pittet avec le pape François à Rome en 2015. Le Journal du matin / 4 min. / le 13 février 2017
A la veille de la sortie de son livre-témoignage préfacé par le pape François, le Fribourgeois Daniel Pittet raconte à la RTS comment il s'est fait violer pendant plus de trois ans et pourquoi il a pardonné à son bourreau.

"Un témoignage nécessaire, précieux et courageux." C'est en ces termes que le pape François qualifie l'ouvrage de Daniel Pittet "Mon Père, je vous pardonne... survivre à une enfance brisée".

Le Fribourgeois y raconte son calvaire qui a commencé en 1968, lorsqu'il avait 9 ans, après une cérémonie religieuse à la cathédrale de Fribourg: "A la fin de la messe, le prêtre nous a invités chez lui, mon frère et moi, pour voir son merle qui chantait et qui parlait", explique Daniel Pittet. "Après avoir vu le merle, il nous a dit de monter dans la chambre et nous a déshabillés tous les deux."

Trois ans et demi de calvaire

C'était le début d'une série de viols qui allait durer pendant 3 ans et demi: "Les premiers temps, il venait même me chercher à l'école et faisait tout pour m'amener chez lui."

Jusqu'au jour où la grande-tante du petit Daniel, mère supérieure des soeurs de Saint-Paul, met fin à ces visites: "Elle voyait que j'allais chez ce capucin et trouvait cela bizarre. Elle m'a demandé ce que j'allais y faire et, lorsque je lui ai répondu que je ne savais pas, elle m'a dit que je n'irai plus."

"Pervers et protecteur"

Daniel Pittet décrit une grande ambivalence chez son violeur qui avait à la fois une attitude perverse et protectrice: "Dans sa vie de prêtre, il me protégeait, et dans sa vie de violeur il me détruisait. Sa protection avait un prix et ce prix c'était le sexe, la perversion du sexe", écrit le Fribourgeois.

Dans sa vie de prêtre, il me protégeait et dans sa vie de violeur il me détruisait. Sa protection avait un prix et ce prix c'était le sexe.

Daniel Pittet
 

Celui-ci réussit à prendre de la distance avec la situation au point de pardonner à son agresseur: "C'était en 1971, à l'Assomption, explique-t-il. Tout en officiant comme servant de messe, je savais que j'allais être violé après la célébration (...) Je me suis dit que c'était un beau salaud: il arrivait à parler de la Vierge et faire pleurer les gens alors que, dans les minutes qui allaient suivre, ce serait mon tour..."

"Le prêtre et le cochon"

C'est alors un sentiment de compassion qui envahit Daniel Pittet: "A ce moment-là, j'ai eu un discernement. J'ai senti qu'il y avait deux hommes: le prêtre et le cochon. Je lui ai pardonné ce jour-là. J'ai décidé que c'était un pauvre type et que dans le fond, il devait être très malade pour faire ce qu'il faisait."

Je lui ai dit que s'il se confessait, on se retrouverait au paradis.

Daniel Pittet

C'est seulement 49 ans plus tard que le Fribourgeois a pu exprimer son pardon: "J'ai pu lui dire 'je t'ai pardonné à 12 ans'. La seule chose qui a été un peu difficile c'est lorsqu'il m'a dit qu'il était un grand salopard, un grand malade et qu'il irait droit en enfer. Je lui ai répondu que s'il se confessait, on se retrouverait au paradis."

Maurice Doucas et Mathieu Henderson

Publié le 13 février 2017 - Modifié mercredi à 17:39

"Il faut interrompre le cycle infernal" dit Mgr Morerod

Interrogé lundi soir dans l'émission Forum, l'évêque de Lausanne, Genève et Fribourg souligne l'importance de la parole de la part des victimes.

Dans le cas présent, "la préface du pape aide à amplifier la communication", reconnaît Monseigneur Charles Morerod. Mais, dit-il, "toutes les victimes d'abuseurs doivent parler, que l'abuseur soit prêtre ou autre. Il faut parler pour interrompre le cycle infernal."

Et si ce livre dérange certains, c'est parce qu'il éclaire certaines zones d'ombre de l'Eglise.

"Cela ne nous met pas sous un jour favorable, c'est le moins qu'on puisse dire", note l'évêque. "Mais je crois qu'il faut honnêtement reconnaître le problème. C'est une partie de la solution pour peut-être apaiser un peu la souffrance de certaines victimes."

Défenseurs des victimes sceptiques face à la bonne volonté de l'Eglise

L’acte de contrition de Charles Morerod ne convainc pas les milieux de défense des personnes abusées. Pour l'association Groupe SAPEC, qui soutient les personnes abusées dans une relation d’autorité religieuse, l’omertà n’est pas terminée dans l’Eglise.

Interrogée mardi dans Forum, sa vice-présidente Marie-Jo Aeby ne croit pas que l'Eglise veuille véritablement faire toute la lumière. "Je crois que c'est assez cohérent pour une institution comme l'Eglise, qui est attaquée, de réagir en disant 'nous voulons faire toute la lumière'. Mais moi, je n'y crois pas", dit-elle.

Marie-Jo Aeby est convaincue que cette transparence est la volonté de Monseigneur Morerod dans son diocèse mais imagine mal le Valais faire la même chose. "Nous avons énormément de témoignages de personnes en Valais qui ont été abusées il y a bien des années. Mais les gens n'osent pas s'exprimer. Il y a encore comme une chape de plomb et je crois que l'Eglise valaisanne est terrible, les gens n'osent pas s'exprimer."