Modifié le 10 mai 2017

La question religieuse est-elle encore un facteur de division à Moutier?

La ville de Moutier.
La religion est-elle encore un facteur de division à Moutier Le Journal du matin / 12 min. / le 14 avril 2017
Si dans les années 1970 la religion a nourri le conflit entre séparatistes et loyalistes sur la Question jurassienne, à l'approche du vote sur l'appartenance cantonale de Moutier (BE) la question religieuse n'est quasi pas évoquée.

Les habitants de Moutier décideront le 18 juin s'ils veulent rejoindre le canton du Jura. Ce vote intervient quatre décennies après les plébiscites jurassiens du milieu des années 1970, qui ont conduit à la division du Jura. Avec d'un côté le Jura-Nord, à dominante catholique, transformé en canton, de l'autre, le Jura-Sud, largement protestant, resté dans le giron bernois.

A l'époque, la religion a contribué à nourrir le conflit entre les "béliers" séparatistes et les "sangliers" loyalistes. Aujourd'hui, certains se disent frappés de constater que la question confessionnelle n'est presque jamais évoquée.

"Aujourd'hui, cela apparaît peu dans les discussions ou les tracts. Il y a bien eu quelques tracts l'an passé où l'on a parlé de l'influence des catholiques du Jura-Nord, ce qui est faux, complètement faux", relève Yves Prongué, prêtre retraité installé à Moutier.

Moutier, le Belfast helvétique

Le débat actuel se cristallise surtout autour de questions très pratiques, comme celles qui touchent à l'avenir de l'hôpital ou à la compétitivité des entreprises. Difficile d'imaginer qu'il y a 40 ans le Jura bernois était comparé à l'Irlande du Nord.

Moutier dans les années 1970 était Belfast, en tout cas une sorte de Belfast appliquée à la Suisse

Valentin Zuber, délégué culturel du canton du Jura

Si la religion n’est plus mentionnée dans les discours publics, c’est en grande partie parce que la société s’est sécularisée. Mais à en croire Marcelle Forster, ancienne présidente de la paroisse réformée de Moutier, membre de l'assemblée interjurassienne et militante loyaliste, il y a une autre explication: "c'est un peu un sujet tabou, on n'a pas trop envie d'en parler, je crois."

Pourtant, les observateurs le reconnaissent, les clivages religieux hérités du passé n’ont pas disparu.

La majeure partie de ceux qui sont favorables au rattachement sont des catholiques

Yves Prongué, prêtre retraité installé à Moutier

"Cette composante religieuse s'est transmise entre les générations, de la même manière que l'identité", note Valentin Zuber. "Chez les antiséparatistes, il y a une très nette majorité de personnes protestantes, et c'est l'inverse chez les séparatistes où l'on a une forte majorité de catholiques, ça explique l'héritage culturel et familial de la Question jurassienne."

Culture protestante, démographie catholique

A Moutier, la culture dominante est protestante, mais la démographie fait pencher la balance en faveur des catholiques, majoritaires en grande partie du fait de la forte présence des immigrés originaires d'Europe du Sud. Reste à voir dans quelle mesure cette prédominance catholique aura une influence sur le vote du 18 juin.

Renaud Malik/lgr

Publié le 14 avril 2017 - Modifié le 10 mai 2017