Modifié le 19 février 2016

Un détenu jugé dangereux relâché faute de place en clinique spécialisée

L'entrée de la prison de Thorberg, dans le canton de Berne.
Un détenu jugé dangereux relâché faute de place en clinique spécialisée Le Journal du matin / 1 min. / le 19 février 2016
Dans le canton de Berne, le Tribunal fédéral a décidé de libérer fin février un détenu jugé dangereux pour la société, car on ne lui a pas trouvé de place dans une clinique psychiatrique spécialisée.

Surnommé le casseur de Schüpfen, Igor L. avait semé la terreur en 2010 dans ce village de la campagne bernoise. Il avait par exemple frappé à la tête un restaurateur du coin avec un cendrier. Igor L. avait écopé de 14 mois de prison, associés de mesures thérapeutiques institutionnelles.

En raison de ses problèmes psychiques particuliers, seul un séjour en clinique était envisageable. Or toutes les places étaient prises. Et comme elles le sont toujours, Igor va sortir de prison, tandis qu'il n'est pas guéri. Un cas qui fait la Une de la presse bernoise et met en lumière le manque de places dans les institutions pénitentiaires médicalisées

Un problème potentiel pour toute la Suisse

Cet exemple illustre toutefois une réalité valable pour toute la Suisse, a expliqué à la RTS Thomas Noll, juriste, psychiatre et directeur du Centre suisse de formation pour le personnel pénitentiaire à Fribourg: "Il n'y a pas assez de places en clinique pour les délinquants violents ou sexuels avec un problème clinique majeur".

Si Thomas Noll n'avait jusqu'ici jamais constaté de cas similaire à celui de Schüpfen, il explique que la problématique du manque de place est déjà discutée depuis un moment dans les milieux autorisés.

Article 59 mis en cause

Cette problématique découle de l'adoption en 2007 du code pénal révisé, et son article 59, qui  introduit les mesures thérapeutiques institutionnelles.

Or selon Blaise Péquignot, criminologue et secrétaire général de la Conférence latine des chefs des Départements de justice et police, les juges ont beaucoup utilisé cet article, alors que "les places dans les établissements n'ont pas suivi la quantité des jugements prononcés".

Quant au casseur de Schüpfen, les autorités bernoises ne désespèrent pas de lui trouver une place de thérapie d'ici la fin du mois... alors qu'il est depuis quatre ans sur liste d'attente.

Alain Arnaud/jzim

Publié le 19 février 2016 - Modifié le 19 février 2016