Modifié le 06 mars 2018

La médecine hautement spécialisée en recul dans les hôpitaux régionaux

Hôpitaux régionaux: aux soins intensifs
Hôpitaux régionaux: aux soins intensifs 19h30 / 2 min. / le 06 mars 2018
A l'image de l'Hôpital du Valais, les hôpitaux régionaux romands perdent des plumes dans la redistribution des mandats de chirurgie de pointe. Une situation qui les force à miser davantage sur la proximité que le prestige.

L'information a été révélée par la presse dominicale début février: l'Hôpital du Valais est en passe de perdre son mandat pour la chirurgie viscérale de pointe.

Dans sa proposition, l'organe intercantonal de médecine hautement spécialisée n'accorde aucun mandat à l'établissement régional. Celui-ci était candidat dans trois domaines: le pancréas, le foie et le rectum. L'organe justifie sa décision par le nombre de cas traités chaque année, jugé trop faible. L'établissement va recourir pour tenter de garder la chirurgie du rectum. L'attribution définitive des mandats surviendra à l'automne.

L'Hôpital du Valais souffre d'une crise de confiance, après plusieurs années d'affaires et de polémiques. Il doit également faire face à une concurrence accrue depuis 2012 et l'entrée en vigueur du libre-choix des hôpitaux pour les patients.

Résultat: pour certaines opérations, les patients se tournent plutôt vers les centres universitaires. Sur près de 6000 personnes opérées hors canton en 2015, seule la moitié des cas étaient médicalement justifiés.

La tendance se généralise à l'échelle romande

Le cas du Valais n'est pas isolé. La médecine hautement spécialisée (MHS) - qui comprend notamment les opérations du pancréas, du foie, de l'oesophage ou la chirurgie de l'obésité (dite bariatrique) - recule dans la majorité des hôpitaux régionaux romands, que ce soit à Neuchâtel, Fribourg ou dans l'Ouest lémanique.

>> Passez la souris sur les points rouges pour plus d'infos:

"Désormais, les patients veulent des hôpitaux partout, mais lorsqu'ils sont atteints de maladies graves, ils cherchent plutôt des hôpitaux universitaires", commente dans le 19h30 de la RTS Felix Schneuwly, expert chez Comparis.

A l'image des Neuchâtelois par exemple, qui ont approuvé l'an dernier une initiative pour maintenir un hôpital de soins aigus à La Chaux-de-Fonds. Un avant-projet de rapport du Conseil d'Etat en vue de la mise en oeuvre de cette solution parle aujourd'hui d'un important risque financier et médical.

>> Les explications de Laurent Dufour dans le 19h30:

"Il y a trop d'hôpitaux. Il y aura encore des concentrations."
19h30 - Publié le 06 mars 2018

Vers une mission repensée

Pour l'association de défense des patients valaisans, cette diminution de l'offre chirurgicale n'est pas dramatique. "La médecine hautement spécialisée, c'est une chirurgie de niche, on ne parle que de quelques dizaines de cas par an", relativise Stéphane Veya, président de l'Association de défense des patients domiciliés en Valais.

"Souvent, le fait qu'un hôpital ne puisse pas pratiquer la médecine hautement spécialisée n'implique pas qu'il doive se séparer de la plupart de ses chirurgiens et de ses équipes", ajoute-t-il.

De son côté, l'Hôpital du Valais croit en son avenir et repense sa mission. Quelque 400 millions de francs d'investissement sont prévus, notamment à Sion, où la capacité d'accueil passera de 250 à 450 lits.

"L'Hôpital du Valais est un hôpital général secondaire", résume Eric Bonvin, directeur de l'établissement. "Plutôt que de miser sur le prestige de quelques prestations, nous préférons un système bien organisé pour répondre aux besoins de la population sur un territoire complexe."

Enquête: Laurent Dufour et Nadia Esposito

Adaptation web: Tamara Muncanovic

Publié le 06 mars 2018 - Modifié le 06 mars 2018

Une situation financière difficile

Qui dit moins d'opérations, dit moins de recettes? Les problèmes financiers représentent l'autre écueil qui guette les hôpitaux régionaux. Exemple: fin février, l'Hôpital fribourgeois (HFR) a annoncé un déficit de plus de 21 millions de francs au budget 2018.

De nouveau, la tendance est générale. Tous les autres hôpitaux régionaux romands prévoient des budgets déficitaires cette année, à l'exception du Groupe hospitalier de l'Ouest lémanique à Nyon, de l'Hôpital du Jura et de l'Hôpital du Jura bernois. Certains étaient quasiment à l'équilibre comme l'Hôpital du Valais. Mais d'autres établissements, vaudois notamment, puiseraient dangereusement dans leurs réserves.

Les causes sont multiples: le tarif des prestations qui stagne, voire baisse, et l'engagement jugé insuffisant des pouvoirs publics. Par ailleurs, selon l'expert Felix Schneuwly, les hôpitaux qui perdent des spécialisations perdent encore davantage de patients, qui préfèrent se tourner vers les centres universitaires. Soit un cercle vicieux pour ces établissements régionaux.