Mon accent, ma fierté

Des Romands fiers de leur accent, cela se trouve, y compris dans les jeunes générations. Cinq portraits parlés vous donnent un aperçu de l’extraordinaire richesse des accents de Suisse romande.

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Fribourg: Sabrina Tinguely

Sabrina Tinguely est fière de son accent gruérien "très prononcé". La jeune femme incarne l’évolution récente de son canton: elle habite la campagne et travaille comme logisticienne dans la zone industrielle de Bulle. Elle a tenté quelquefois d’atténuer cet accent, mais n’y arrive pas… Elle ne le perdra, prévoit-elle, que si elle déménage.

>> Entretien avec Sabrina Tinguely:

Sabrina Tinguely.
Le Journal du matin - Publié le 24 juillet 2017

Le regard du linguiste Mathieu Avanzi

"L’accent de Sabrina est exceptionnel et il n'y a rien de comparable sur la plateforme (Tour de Suisse: ton accent, ndlr). Elle risque de l’atténuer si elle quitte sa région, mais elle ne le perdra pas; il reviendra chaque fois qu’elle retournera en Gruyère."

(Mathieu Avanzi est coordinateur de la plateforme en ligne "Tour de Suisse: ton accent")

Genève: Daniel Chambaz

Daniel Chambaz est un enfant des quartiers de la Servette et de Balexert. Il suppose que son accent vient de là, de l’école, moins de ses parents qui "parlent très bien". Haut fonctionnaire à l’Etat de Genève, il reconnaît que son parler est exceptionnel dans la haute administration et que celui-ci prête parfois à sourire. Le perdre? Difficile, car il n’y accorde pas d’attention: "J’ai autre chose à faire!"

>> Entretien avec Daniel Chambaz:

Daniel Chambaz.
Le Journal du matin - Publié le 25 juillet 2017

Le regard du linguiste Mathieu Avanzi

"L’accent genevois est celui qui se rapproche le plus de ce qu’on entend en France voisine, mais il a des particularités et notamment des syllabes allongées comme 'ré-fléé-chiir'. Quant à l’héritage des parents, il n’est pas toujours prépondérant: on le constate avec ces parents alémaniques installés en Suisse romande qui parlent avec un fort accent et dont les enfants adoptent l’accent de leur lieu de résidence."

Vaud: Marie Rochat

La Lausannoise Marie Rochat a étudié l’architecture à Zurich, mais elle n’en a pas pour autant perdu son accent, qu’elle affiche avec fierté. Mais elle remarque que ses camarades d’études alémaniques ne font pas de différence entre les différents francophones romands. Mieux, un Allemand lui a même confié qu’elle n’avait pas d’accent… Marie se demande aussi si l’accent lui semble plus prononcé chez les hommes que chez les femmes.

>> Entretien avec Marie Rochat:

Marie Rochat.
Le Journal du matin - Publié le 26 juillet 2017

Le regard du linguiste Mathieu Avanzi

"L’accent vaudois de Marie n’est pas très prononcé. Ainsi lorsqu’elle parle de la vie, elle n’allonge pas en 'viiiieee', comme on peut l’entendre parfois. Cet accent a peut-être perdu en intensité durant les années zurichoises de Marie. En revanche, l’idée que les femmes ont moins l’accent vaudois que les hommes est infondée. Quant à la distinction que l'on fait volontiers entre l’accent de la ville et celui des champs, il ne se vérifie pas toujours, comme l’idée que les jeunes ont moins d’accent que les anciens."

Neuchâtel et Jura: Denis et Gemma Junod

Denis et Gemma Junod forment un couple représentatif du nord-ouest de la Suisse romande. Elle est native de l’Ajoie et son accent jurassien s’est mêlé à celui de son mari, un vrai Neuch’ qui cultive le sien à Auvernier, au bord du lac. Leur amour de la langue dépasse leur accent. Denis adore des expressions venant du pays de son épouse comme le totché, ce gâteau jurassien à la crème, salé.

>> Entretien avec Denis et Gemma Junod:

Gemma et Denis Junod.
Le Journal du matin - Publié le 27 juillet 2017

Le regard du linguiste Mathieu Avanzi

"L’accent de Gemma est moins marqué que celui de son mari, mais tous deux ont des traits de l’Arc jurassien, comme le mot fête prononcé 'féte' ou encore des sons 'r' plutôt sourds. Mais attention aux généralisations: on ne trouve pas ces caractéristiques chez tout le monde."

Valais: Amandine Baillifard

Originaire de Bruson, jeune maman et éducatrice de la petite enfance, Amandine Baillifard n’arrive pas à effacer son accent: "Malgré mes efforts, il revient au galop!" Elle raconte qu’elle a pu en avoir honte à l’école, où elle n’a pas eu la meilleure note parce qu’elle prononçait "ménant" pour "maintenant". Aujourd’hui, elle nourrit de la fierté pour ce signe d’identité et le cultive en y mêlant des mots de patois, hérités de son père et qu’elle transmet à son fils.

>> Entretien avec Amandine Baillifard:

Amandine Baillifard.
Le Journal du matin - Publié le 28 juillet 2017

Le regard du linguiste Mathieu Avanzi

"Amandine illustre l’extraordinaire diversité des accents du Valais francophone. C’est impressionnant de constater que 'pot de lait' se prononce différemment à Martigny et à Savièse. Il est étonnant aussi de voir comme les accents et les patois résistent à la mobilité et la standardisation."

Liens

Tour de Suisse: ton accent

Mathieu Avanzi, le linguistique interrogé dans cette série, est le coordinateur du jeu en ligne "Tour de Suisse: ton accent", dans lequel les participants doivent identifier différents accents en écoutant des extraits sonores de locuteurs originaires des sept cantons de Suisse romande.

Par ailleurs, les utilisateurs disposent d'un forum où ils peuvent commenter des extraits entendus, la popularité des différents accents ou leur intelligibilité, entre autres.

Intitulé "Citizen Linguistics: locate that dialect!", ce projet de linguistique citoyenne a été développé par des chercheurs de l'Université de Zurich (UZH) et est soutenu par le Fonds national suisse (FNS).

Le Parlomètre romand

Pour rendre compte des contrastes des langages romands, la RTS a développé le Parlomètre, un outil interactif simple et ludique qui permet à chacun de découvrir les subtilités géographiques de son langage.

L'utilisateur doit répondre à une série de 25 questions sur les mots et les expressions qu'il emploie couramment. A chaque étape, il a la possibilité de comparer visuellement sa réponse avec celles de plus de 18'000 personnes sondées précédemment.

Arrivé au terme du questionnaire, une carte finale lui permet de situer la commune dont le parler comporte le plus de similitudes avec le sien.

Crédits

Reportages: Simon Corthay

Réalisation web: Olivier Angehrn/Didier Kottelat