Modifié le 19 juin 2017

Le burn-out des policiers, cette souffrance taboue en Suisse romande

Attention! Policiers en burn-out
Attention! Policiers en burn-out Mise au Point / 14 min. / le 18 juin 2017
Stress, insultes et sentiment d'inutilité touchent parfois les policiers romands. Une souffrance au travail qui est souvent taboue et mène certains agents à l'épuisement professionnel. Témoignages.

"C'était quelque chose d'incompréhensible... Je ne l'avais jamais envisagé, je pensais être à l'abri de ce genre de phénomène..." Policier à Neuchâtel, Michel gérait des urgences sur le terrain, nuits et week-ends compris. Jusqu'à l'épuisement. Jusqu'au burn-out qu'il n'a pas vu venir.

Les insultes à répétition l'ont eu à l'usure, raconte-t-il. Une violence qui vise couramment les policiers en Suisse. En 2016, plus de 2700 infractions de violence contre les fonctionnaires, dont les agents de police, ont été recensées dans le pays, selon l'Office fédéral de la statistique (OFS). Des violences qui avaient connu une forte hausse dans les années 2000.

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Le tabou de la souffrance

Comme dans d'autres milieux professionnels, les horaires irréguliers, le stress et l'envie de bien faire favorisent le burn-out chez les policiers. Mais au sein des forces de l'ordre, l'employé se doit d'être solide.

"Le contexte policier fait qu'il est extrêmement difficile de parler de la souffrance, des faiblesses", explique dans Mise au point dimanche la psychologue Magdalena Burba. "Et effectivement, c'est davantage tabou dans le milieu policier que dans d'autres milieux."

La doctorante de l'Université de Lausanne a recueilli les confidences de quelque 900 policiers. Ce qui l'a surprise dans ses recherches, c'est la perte de sens que ressentent les agents dans leurs tâches.

"Un policier est souvent amené à répéter les mêmes interventions, à arrêter une personne qui a commis un délit", illustre-t-elle. "Cette personne sera parfois relâchée et le policier sera amené à l'arrêter de nouveau, avec pour finir, l'impression de travailler dans le vide!"

Un établissement de santé pour les patients policiers

Tabou en Suisse, le problème a été empoigné en France. L'établissement Le Courbat, près de Tours, dans l'ouest du pays, est dédié aux policiers et gardiens de prison qui souffrent de burn-out ou d'addictions.

Les patients séjournent dans ce château français de la Loire unique en son genre durant un ou deux mois. La prise en charge est centrée sur la pratique du sport afin de permettre aux agents de retrouver l'estime de soi. Et à terme, de reprendre le service.

"Ce qui nous rend unique, c'est notre section d'état d'épuisement professionnel. C'est important parce que cela nous permet d'avoir accès à un certain nombre d'informations. Et cela donne surtout l'occasion de médiatiser le fait que l'épuisement professionnel existe bel et bien", explique Frédérique Yonnet, directrice du centre de soins.

Une mise en lumière qui permet de sortir du déni et de travailler sur la prise en charge.

Reportage de Marie Abbet

Adaptation web de Tamara Muncanovic

Publié le 18 juin 2017 - Modifié le 19 juin 2017