Modifié le 12 septembre 2016

Les anciens conseillers d'Etat coûtent 11 millions par an aux cantons romands

Retraite de ministre
Retraite de ministre Mise au Point / 13 min. / le 11 septembre 2016
En faisant le tour des chancelleries romandes - bernoise exceptée - pour savoir combien coûtait le traitement des ex-conseillers d'Etat, Mise au Point relève que les sommes oscillent entre 2,4 millions pour Genève et 1,1 million dans le Jura.

En 2002, à l’âge de 39 ans seulement, Pierre Kohler quitte l’exécutif cantonal. Depuis, il touche une rente annuelle de plus de 120'000 francs. Ayant choisi de passer du temps auprès de sa famille, il se verra rapidement attribuer le titre de "nounou la mieux payée du canton". Selon les calculs de Mise au Point, à 80 ans, il aura touché environ 5 millions de l’Etat jurassien.

Le Jura prêt à réformer

L'ancien ministre refuse de s'exprimer sur le sujet. Charles Juillard, ministre des Finances, admet que la cas Kohler a initié le débat: "Notre propre parti a dit qu'il y avait là quelque chose d'étonnant." Résultat, Charles Juillard se trouve aujourd'hui en charge de réformer ce système de retraites, sous l'impulsion du Parlement.

Fait cocasse, lui qui siège déjà depuis huit ans ne sera pas concerné. Il aura droit à sa rente selon l'ancienne formule. Ses quatre collègues de l’exécutif, tous élus fin 2015, seront soumis au nouveau régime. Si les détails de cette réforme ne sont pas encore connus, le Parlement s’est montré ferme. Un premier projet, jugé encore trop généreux, a déjà été retoqué.

120'000 francs en moyenne

Actuellement, dans la plupart des cantons, les rentes s'élèvent en moyenne à 120'000 francs. Si l'ex-élu reprend une activité professionnelle, la rente diminue en fonction de la hauteur du salaire ainsi perçu. Elle disparaît si un ancien ministre reçoit 240'000 francs ou plus de rémunération autre. Pour l'ensemble des cantons romands, la facture s'élève à environ 11 millions.

 

Balance

Contrairement à la plupart des ex-conseillers exécutifs, François Marthaler a accepté de s'exprimer sur le sujet. Il a passé 10 ans au sein du gouvernement vaudois et perçoit la rente depuis quatre ans. Il s'interrogeait concernant la générosité de l’Etat envers ses ex-ministres. Grâce à elle, il a démarré sa propre entreprise. Est-il favorisé par rapport à d'autres indépendants? "Qu'ils n'hésitent pas. Tout le monde peut se lancer dans une élection et vivre une décennie avec 13 à 17 heures de travail par jour." Il met aussi en parallèle les économies réalisées par l'Etat sous sa houlette avec les sommes bien inférieures qu'il touche.

Plus de rente en Valais

René Knüsel, professeur en sciences sociales et politiques à l'Université de Lausanne, met en garde. Si l'on réduit les prestations des conseillers exécutifs, "il faut prendre en compte le risque d'une sélection par le bas." Autrement dit, en étant trop restrictif sur les avantages matériels, les candidats aux charges de l'Etat pourraient se faire rares.

En Valais, le Grand Conseil n'a pas tremblé face à cet argument. Le Parlement a décidé de supprimer les rentes tout en augmentant les salaires des ministres à 300'000 francs par année. La mesure touchera tous les nouveaux élus dès 2017.

La bataille a été menée par Philippe Nantermod. Il estime que l'économie réalisée sera de "plusieurs millions par année", parce que les conseillers d'Etat ont une espérance de vie élevée en raison de "la pénibilité et de l'impact sur la santé moindre" de leur charge, par rapport à d'autres métiers comme ceux de la construction.

>> L'interview de Claude Ruey, ancien conseiller d'Etat vaudois:

Interview: Claude Ruey, ancien conseiller d’Etat, VD
Mise au Point - Publié le 11 septembre 2016
 

François Roulet/tyf

Publié le 11 septembre 2016 - Modifié le 12 septembre 2016