Modifié le 12 mars 2018

"En Russie, les dirigeants ne quittent pas le pouvoir de leur propre gré"

Poutine, jusqu’où ira-t-il ?
Poutine, jusqu’où ira-t-il ? Geopolitis / 15 min. / le 11 mars 2018
Vladimir Poutine devrait être réélu le 18 mars pour un 4e mandat présidentiel. Au pouvoir depuis 18 ans, il reste déterminé à restaurer la grandeur de la Russie. Jusqu'où ira-t-il? Eclairage du politologue André Liebich.

Le 7 mai 2000, Vladimir Vladimirovitch Poutine promettait au peuple russe stabilité et retour à l’ordre après une décennie de chaos post-soviétique. Il succédait officiellement à Boris Eltsine comme président de la Fédération de Russie. Depuis, le maître du Kremlin entend s'imposer aussi bien sur le front intérieur que sur la scène internationale.

"Je crois que Vladimir Poutine se sent investi d'une mission", résume le politologue André Liebich, professeur à l'Institut de hautes études et du développement (IHEID) de Genève, dans Géopolitis. "Ce n'est jamais le bon moment pour partir. Il aurait pu se retirer lorsque l'économie russe était en plein essor. Maintenant que les choses se détériorent, c'est aussi une raison pour ne pas partir", poursuit-il.

Dans les pas de Staline

Vladimir Poutine surpasse déjà la longévité au Kremlin de Leonid Brejnev. S'il se maintient au pouvoir six années de plus, il s'approchera des 30 ans de règne de Joseph Staline. "Il y a une tradition en Russie. Les dirigeants ne quittent pas le pouvoir de leur propre gré. Ils restent jusqu'à leur mort ou bien, comme dans le cas de Nikita Khrouchtchev, prennent une retraite très surveillée. Poutine redoute peut-être cela aussi", explique l'expert.

Le professeur André Liebich.

Vladimir Poutine n'a pas grande confiance en son entourage.

André Liebich, politologue

Est-ce une assurance vie? "Oui peut-être", concède André Liebich. "Et Vladimir Poutine n'a pas de successeur désigné. Le problème est que son entourage est composé de personnes en qui il n'a pas grande confiance. Celui qui l'a remplacé comme président [de 2008 à 2012], Dimitri Medvedev, s'est placé dans une autre optique que lui. S'il ne peut pas faire confiance à son Premier ministre, à qui peut-il faire confiance?"

Quelle opposition?

Le 18 mars, face à Vladimir Poutine, sept candidats seront en lice. Son rival le plus sérieux, le millionnaire du parti communiste Pavel Groudinine, totalise à peine plus de 7% des intentions de vote, selon le sondage VTsIOM de février.

Nouvelle dans le paysage de l'opposition, la vedette de télévision Ksenia Sobtchak est la fille d'Anatoli Sobtchak, ancien maire de Saint-Pétersbourg et mentor politique de Vladimir Poutine. Accusée d'être téléguidée par le Kremlin pour "pimenter" l'élection, elle est créditée d'un peu plus de 1% des voix.

Être un opposant à Vladimir Poutine n'est pas sans risque. On se souvient de Boris Nemtsov, assassiné en pleine rue en 2015, sans que le véritable commanditaire ne soit connu. Ou le destin de l'oligarque Mikhaïl Khodorkovski, emprisonné puis exilé. Sans oublier l'activiste Alexeï Navalny, condamné pour détournement de fonds et déclaré inéligible.

La Russie, une dictature?

Si Vladimir Poutine a si peur d'Alexeï Navalny, "c'est parce qu'il maîtrise très bien les médias sociaux et qu'il pourrait regrouper autour de lui l'intelligentsia et le monde anticorruption. Mais il y a peu de chance qu'il remporte des élections et qu'il soit un rival crédible pour Poutine", souligne André Liebich. "Les hommes au pouvoir ont tendance à devenir un peu paranoïaques", ajoute le politologue.

Vladimir Poutine est-il pour autant un dictateur? "Il a mis la main sur les médias. Il contrôle tout ce qui se dit en Russie. La presse indépendante est très rare. Il a le monopole de la parole publique. Dans cette mesure, oui, c'est un dictateur. Et il est certain qu'il va gagner les prochaines élections", conclut André Liebich.

Mélanie Ohayon

Publié le 10 mars 2018 - Modifié le 12 mars 2018