Modifié le 06 décembre 2017

"Parler des failles dans la sécurité nucléaire, c'est lancer l'alerte"

Nucléaire: une menace terroriste
Sécurité nucléaire: le grand mensonge Le doc / 1h44 / le 04 décembre 2017
Dans "Sécurité nucléaire: le grand mensonge", le réalisateur Eric Guéret démontre que la menace terroriste dans les centrales reste sous-estimée et, surtout, que les moyens manquent pour y faire face.

C'est un matin d'octobre 2017 dans l'est de la France. Une quinzaine de militants anti-nucléaire s'introduisent dans la centrale de Cattenom, en Moselle, pour y tirer un feu d'artifice au pied d'un bâtiment abritant une piscine de refroidissement. Eric Guéret était là, avec sa caméra.

"Il a fallu huit minutes à la gendarmerie pour arriver et, une fois sur place, ils étaient du mauvais côté de la grille", raconte à RTSinfo le réalisateur.

>> Lire:  Greenpeace tire des feux d'artifice dans une centrale nucléaire en France

Se défendant d'avoir fait un film militant, Eric Guéret se voit plutôt comme "un lanceur d'alerte". "Les gens doivent savoir que le secret présenté comme stratégie défense ne les protège pas", martèle-t-il.

Un constat sans appel

Dans "Sécurité nucléaire: le grand chaos" (à revoir ci-dessus), il a enquêté avec la journaliste Laure Noualhat auprès de militants, d'experts et de politiciens dans plusieurs pays.

Le plus embêtant, c'est l'état financier de l'industrie qui détient le nucléaire

Eric Guéret, réalisateur
 

Leur constat est sans appel: aucun dispositif n'est à la hauteur face au danger terroriste. Pire, l'industrie nucléaire manque cruellement de moyens aujourd'hui pour faire face à un tel risque, que ce soit en France comme aux Etats-Unis ou en Belgique. Côté Suisse, des questions se posent également (lire encadré).

Vulnérabilité démontrée

Il faudrait par exemple des milliards à l'exploitant EDF pour sécuriser les 62 piscines où refroidit le combustible usé et hautement radioactif. L'organisation écologiste Greenpeace a prouvé qu'il était possible d'arriver au pied de ces installations avant l'arrivée des gendarmes, rappelle le réalisateur.

Recouvertes par un simple toit en tôle, leurs murs sont d'une épaisseur inférieure à 50 centimètres, apprend-on dans le fim qui cite un rapport publié par l'ONG Greenpeace le 10 octobre. Une attaque pourrait donc provoquer une "catastrophe nucléaire majeure" en relâchant des particules radioactives jusqu'à 200 km du site frappé.

Un risque que ne peut oublier Eric Guéret. Et que l'Allemagne a décidé d'écarter en ordonnant la fermeture de toutes ses centrales d'ici 2022. Un exemple aux yeux du réalisateur qui assure qu'il ne dormira bien "qu'une fois que tout sera arrêté".

Juliette Galeazzi

*"Sécurité nucléaire: le grand mensonge" diffusé sur RTS Deux lundi 4 décembre à 23h45

Publié le 05 décembre 2017 - Modifié le 06 décembre 2017

"Certains problèmes des centrales françaises existent en Suisse"

"Les centrales françaises n'ont pas le même design de conception qu'en Suisse. Tout ne peut donc pas être comparé, mais certains problèmes se retrouvent", réagit Florian Kasser, expert des questions nucléaires chez Greenpeace Suisse interrogé par RTSinfo. Il se réfère aux plus petits réacteurs du pays - et aussi les plus anciens - Mühleberg, Beznau 1 et Beznau 2.

"Ces installations ont été conçues à une époque où le risque terroriste n'était pas pris en compte", souligne-t-il. Et de rappeler qu'à Mühleberg, l'enveloppe de béton qui protège le réacteur ne fait que dix centimètres d'épaisseur à certains endroits. "Or, le trafic aérien a énormément augmenté en Suisse ces dernières années et des événements récents ont montré que certains individus n'avaient aucun scrupule à mettre en danger la vie de plusieurs centaines de civils", relève Florian Kasser qui précise que "Beznau n'est qu'à 5 minutes des corridors aériens de Kloten".

Des piscines mieux protégées à Gösgen et Leibstadt

Concernant le risque représenté par les piscines de refroidissement en France, Greenpeace Suisse souligne toutefois qu'il n'existe que dans une moindre mesure dans les centrales les plus récentes que sont Gösgen et Leibstadt.

"A la construction, les piscines ont été mieux protégées contre les agressions externes que chez nos voisins", précise Florian Kasser. "On s'interroge toutefois sur leur résistance à la chute d'un avion de ligne ou à des tirs provenant d'une arme de guerre type lance roquettes".