Modifié le 03 octobre 2017

Les revendications de l'EI de plus en plus fréquemment mises en doute

Le groupe djihadiste Etat islamique (EI) a revendiqué la fusillade qui a fait 59 morts et 500 blessés dimanche à Las Vegas, une revendication mise en doute.
Le groupe djihadiste Etat islamique (EI) a revendiqué la fusillade qui a fait 59 morts et 500 blessés dimanche à Las Vegas, une revendication mise en doute. [Steve Marcus - Las Vegas Sun via AP - Keystone]
L'EI avait jusqu'il y a peu la réputation de ne revendiquer que des attaques auxquelles il était lié, mais de nombreux spécialistes doutent de son implication dans la fusillade de Las Vegas. Et ce n'est pas la première fois.

Le groupe djihadiste Etat islamique (EI) a revendiqué la fusillade qui a fait 59 morts et 500 blessés dimanche à Las Vegas, assurant que le tireur, un retraité américain de 64 ans, s'était récemment converti à l'islam.

>> Lire: Pourquoi un riche retraité a-t-il commis un carnage à Las Vegas?

Si à ce stade rien ne permet d'exclure formellement cette hypothèse, de nombreux experts sont dubitatifs. A commencer par le FBI, qui dit ne disposer d'aucun élément laissant penser que l'auteur du carnage du Mandala Bay était un "soldat du califat".

Les revendications de l'organisation djihadiste, via son organe de propagande Amaq, ont longtemps eu la réputation d'être globalement crédibles - même si, dans le détail, les communiqués comportent régulièrement des erreurs factuelles. Mais, d'après plusieurs spécialistes, les communiqués d'Amaq ont commencé à perdre en fiabilité à partir de l'attentat de Nice.

Car bien que l'EI se soit empressé de revendiquer l'attaque au camion-bélier qui a fait 86 morts sur la Croisette le 14 juillet 2016, les enquêteurs n'ont à ce jour trouvé aucun lien direct rattachant l'assaillant, un Tunisien de 31 ans atteint de sérieux troubles psychiatriques, à l'organisation terroriste.

Plusieurs cas de revendications douteuses

Depuis le début 2017, d'autres revendications de l'EI ont été mises en doute ou se sont révélées fausses:

- L'EI a revendiqué l'attaque à la voiture-bélier et au couteau qui a fait 4 morts et plus de 50 blessés le 22 mars 2017, sur le pont de Westminster à Londres. Une semaine après les faits, la police londonienne a diffusé un communiqué affirmant qu'elle n'avait "pas trouvé de preuve d'une association" de l'auteur de l'attentat, un Britannique de 52 ans converti à l'islam, avec un groupe djihadiste, même s'il présentait "clairement un intérêt pour le djihad".

- Le 1er juin 2017, l'EI a revendiqué l'attaque d'un hôtel-casino de Manille, la capitale des Philippines, qui a fait 37 victimes. L'enquête a plus tard conclu que l'assaillant était un père de famille philippin, catholique, endetté par de lourdes pertes au jeu.

>> Lire: L'assaillant du casino de Manille était un joueur endetté, assure la police

- Le 17 juin, trois assaillants palestiniens portent des coups de couteau à une policière israélienne à Jérusalem avant d'être abattus. La policière succombe à ses blessures et l'EI revendique l'attaque d'un "rassemblement de juifs". Mais le Hamas et le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) démentent, affirmant que les assaillants étaient issus de leurs mouvements.

>> Lire: L'EI revendique un attentat meurtrier à Jérusalem, le Hamas dément

Semer la confusion?

Ceci dit, l'EI n'a pas non plus revendiqué toutes les attaques ou tentatives perpétrées ces derniers mois par ses sympathisants. Plusieurs des agressions d'inspiration djihadiste commises contre les forces de l'ordre en France n'ont par exemple pas été revendiquées. A l'inverse, des attaques rapidement déjouées l'ont été, à l'instar d'une attaque à l'arme blanche perpétrée contre deux soldats à Bruxelles fin août.

>> Lire: Le groupe EI revendique l'attaque à l'arme blanche de vendredi à Bruxelles

L'intérêt de revendiquer "peut être simplement de montrer qu'ils sont encore capables de commettre des actes", avance le spécialiste de la propagande djihadiste Asiem El Difraoui.

Revendiquer ou pas, "tout cela pourrait aussi être une stratégie pour semer la confusion", poursuit l'auteur du livre "Al-Qaïda par l'image". Dans le cas de Las Vegas, "la revendication par l'EI met à mal le président Donald Trump et son 'muslim ban', il y avait donc peut-être un coup de bluff à jouer". Et de rappeler que "par définition, la propagande n'a pas pour but de délivrer une information factuelle ou véridique, mais d'influencer".

Pauline Turuban

Publié le 03 octobre 2017 - Modifié le 03 octobre 2017

Une conséquence de la déroute sur le terrain?

Pour le spécialiste des mouvements islamistes Mathieu Guidère, la déroute de l'EI sur le terrain, et la perte de ses bastions comme Mossoul et Raqa, explique aussi une certaine improvisation dans les revendications.

"Aujourd'hui, celui qui publie les communiqués de l'agence Amaq est derrière sa télévision, regarde CNN ou Al Jazeera et revendique", a-t-il expliqué à l'AFP. "Nous ne sommes plus devant des gens qui demandent des preuves. Il a tendance à revendiquer à peu près tout ce qu'il voit".