Modifié le 16 juin 2017

Les terroristes n'ont pas un profil-type, mais des points communs notables

L'expert en sécurité Jean-Paul Rouiller a affirmé mercredi à Infrarouge "qu'il n'y a pas de profil" commun aux terroristes qui sévissent en Europe. L'analyse des derniers attentats montrent néanmoins d'importantes similarités.

D'après Jean-Paul Rouiller, membre du Geneva Centre for Security Policy (GSPC), "à peu près toutes les catégories socio-professionnelles" sont susceptibles de fournir des candidats aux attentats au nom du djihad.

 

Pourtant, l'analyse du profil des auteurs des attaques récentes et marquantes en Europe (lire encadré), sur lesquelles portait essentiellement la discussion d'Infrarouge, révèle des traits communs assez marqués.

Hors du monde du travail

Sans parler de profil-type, la catégorie socio-professionnelle des terroristes ayant grandi en Europe semble homogène. Que l'on parle des frères Abdeslam (tuerie du Bataclan), d'Amedy Coulibaly (attaque de l'Hyper Cacher), des frères Kouachi (attentat contre Charlie Hebdo), on constate qu'aucun des assaillants de Paris n'était intégré sur le marché du travail.

Sur les 24 profils analysés, seuls deux hommes ont occupé de manière continue un poste stable. L'un d'entre eux est le responsable de l'attentat de Westminster à Londres, bien intégré professionnellement malgré des démêlés avec la justice. Les autres n'ont soit jamais travaillé, soit seulement lors de très courtes périodes dans des emplois extrêmement précaires.

Environnements difficiles

Scolairement, tous les parcours se ressemblent avec des études sommaires qui, dans certains cas, n'atteignent même pas le minimum de ce que l'on qualifie en Suisse de scolarité obligatoire. Seuls trois assaillants sur 24 sont allés au-delà de ce niveau.

Autre élément récurrent, l'enfance et les années de scolarité des hommes incriminés ont pour toile de fond des villes ou des quartiers touchés par un chômage élevé, par une forte délinquance ou par une importante densité de ménages à revenus modestes. Fréquemment, deux ou trois de ces facteurs sont cumulés.

Cet état de fait est observable pour 15 des 20 terroristes ayant grandi en Europe dont on connaît précisément le parcours. Parmi les exceptions figurent les frères Kouachi qui ont passé leur adolescence dans une institution de province après le décès de leur mère.

En outre, tous les terroristes dont le profil a été examiné sont soit immigrés, soit issus d'au moins un parent immigré. Notons que les réfugiés récents, dont la biographie est moins connue, constituent un groupe à part qui n'a pas été intégré dans l'analyse. Ceux-là comptent pour 14% des auteurs.

Finalement, plus d'un tiers de ces individus sont passés par la case prison pour des faits de délinquance plus ou moins graves sans lien avec la "cause" djihadiste.

"Niveaux intellectuels variables"

N'existe-t-il donc aucun lien entre statut socio-professionnel et risque de tomber dans le terrorisme? Interrogé sur sa déclaration, Jean-Paul Rouiller confirme que certaines caractéristiques se retrouvent souvent dans les profils des assaillants.

Il estime toutefois que les "situations familiales, les âges, les niveaux intellectuels sont variables". Si la rupture scolaire et professionnelle est récurrente, elle n'est pas uniforme. Elle est certaines fois antérieure à la radicalisation. Dans d'autres cas, elle est provoquée "par les auteurs, du fait de leur radicalisation".

Jean-Paul Rouiller considère enfin que l'arrivée du groupe Etat islamique (EI) a brassé les cartes, puisque sa politique, contrairement à celle d'Al-Qaïda, consiste à "prendre [dans ses rangs] tout le monde et à faire le tri après". Un phénomène qui augmente nécessairement le nombre et la variété des individus radicalisés et actifs.

Kevin Gertsch et Tybalt Felix

Publié le 15 juin 2017 - Modifié le 16 juin 2017

Neuf attentats pris en compte

RTSinfo a examiné le parcours des terroristes (auteurs ou commanditaires) liés aux attaques récentes et marquantes en Europe.

Neuf attentats ont été pris en compte: Paris (Charlie Hebdo - 7.01.2015 / le Bataclan - 13.11.2015), Bruxelles (22.03.2016), Nice (14.07.2016), Berlin (19.12.2016), Londres (Westminster - 22.03.2017 / London Bridge - 3.06.2017), Stockholm (7.04.2017) et Manchester (22.05.2017).

Au total, les profils de 28 assaillants ont été considérés. Parmi eux, 24 sont nés en Europe et 4 sont des réfugiés.

Hausse des arrestations en deux ans

L'Office européen des polices Europol a indiqué jeudi que le nombre d'arrestations liées au terrorisme djihadiste a presque doublé en deux ans au sein de l'Union européenne.

En 2016, 718 personnes suspectées d'infractions dans ce domaine ont été arrêtées contre 395 en 2014. Le nombre d'attaques djihadistes est lui passé de 17 en 2015 à 13 en 2016, dont six liées au groupe Etat islamique, d'après le rapport d'Europol.